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Seventies
Chapitre 18

C'est un accident stupide et malheureux qui plonge la France et les "favinettes" de "Podium" dans l'horreur ! le 11 mars 1978, pour avoir tenté de redresser une applique alors qu'il se trouvait dans son bain, Claude François meurt électrocuté en ce samedi triste et pluvieux. La fameuse "Une" d'"Ici Paris" consacrée à Sheila dix ans presque jour pour jour avant ce drame est devenue réalité, pas pour elle mais pour son meilleur ami et soutien dans le monde merveilleux du show-biz… Les deux amis s'étaient retrouvés une dernière fois à Leysin en Suisse pour une émission filmée par la BBC1 et destinée au marché international "Snow White" ou en Français "Special vacances blanches", le chanteur rentrait de cette émission pour une autre, celle de Michel Drucker et ses fameux "Rendez vous du dimanche"… Pour toute la profession, c'est un coup de massue, mais pour Sheila c'est le souvenir de ses débuts, leur première grande télé ensemble, leur amitié qui a grandi tout au long de ces années, et le regret de n'avoir jamais ou si peu chanté ensemble. Elle déclarera, émue aux larmes, qu'un duo était en préparation pour un disque qui aurait certainement été un événement et aussi d'un projet gigantesque dont il avait eu l'idée, une sorte d'association des plus gros vendeurs du moment, Johnny, elle même et Claude avec le but de faire corps contre les grosses majors et d'harmoniser la sortie de leurs albums respectifs, la promotion… Cloclo, visionnaire et professionnel avant tout avait senti le vent tourner et assurer ses arrières, l'avenir prouvera qu'il avait vu juste, mais son projet mourut avec lui… Ringo lors d'une récente interview a également évoqué ce projet en s'y incluant. Claude François est mort alors qu'il commençait lui aussi sa carrière internationale (Londres le réclamait à nouveau après son premier passage deux mois avant) Sheila promit de réussir la sienne, pour faire hommage à son copain. "Claude symbolisait la jeunesse, la gaieté, la générosité, le courage et aussi la poésie. Une longue amitié nous unissait, plus qu'un ami, il était mon frère. Il restera toujours dans mon cœur, comme dans le cœur de milliers de gens qui l'aimaient".

Le quinze mars, les images du journal de treize heures nous montrent les images forcément déchirantes de l'enterrement du "chanteur malheureux", Sheila en larmes au premier rang aux cotés de son amie Dalida et de son mari Ringo, la dernière fois qu'on les verra ensemble devant le cercueil de Clo-clo qui entrera bientôt dans la légende après une période de purgatoire, celui-ci deviendra un mythe, aidé en cela par ses fils Claude et Marc qui reprendront le flambeau bien des années plus tard.

Le paradoxe viendra du fait que de son vivant, Claude n'avait jamais chanté avec Sheila. Pour la commémoration du quinzième anniversaire de sa disparition, Sheila et Claude uniront leurs voix dans un duo virtuel orchestré par Yves Martin sur la chanson de Claude "Dix-sept ans" lors de l'émission de Michel Drucker "Stars 90". Cependant, les descendants de Claude n'autoriseront pas la chanteuse d'utiliser l'œuvre pour l'inclure dans un album.

Londres accueille Sheila et les Black Devotion pour une série de shows télévisés, Sheila y donne d'ailleurs ses premières interviews en Anglais ! le vingt-six mars, Michel Drucker lui consacre un spécial "Rendez-vous du dimanche" où elle y interprète ses derniers hits disco avec notamment son passage au "Top of the pops" et son duo si original avec "La Parisienne" avec Marie-Paule Belle… Le gendre idéal des Français accueille la star internationale qu'est devenue la petite fille de Français moyen en annonçant le score incroyable de dix-sept millions de disques vendus depuis le début de sa carrière, une question demeure, presque trente ans plus tard, on cite le chiffre assez colossal de soixante dix millions de disques vendus, cela est un fait pratiquement établi, cependant comment Sheila a t-elle pu faire, pour vendre plus de cinquante millions de disques depuis 1978 , sachant que ses dernières grosses ventes datent de cinq années plus tard… Le chiffre évoqué par Drucker en 1978 était-il faux ? Il est fortement probable que ce chiffre était plus proche de la réalité, cela fait partie de la légende "Sheila" d'affirmer des chiffres aussi élevés, mais la surenchère a été telle dans les années 80 que bon nombre de chanteurs ayant bâti le principal de leur carrière en France ont "pété" un câble… Ainsi on prête également à Dalida plus de cent millions de disques vendus, pour Sheila, même si ses ventes ont été vraiment monstrueuses avec des pointes avoisinant le million pour "L'école est finie, "Les rois mages", d'autres ventes extrêmement importantes durant la période disco, ce chiffre extravagant de soixante dix millions de disques vendus ne tient pas. Mais cela n'enlève en rien toute la fraîcheur, le talent et cette présence si charismatique de la chanteuse, un artiste n'a jamais été aimé pour d'aussi mauvaises raisons que des chiffres faramineux, laissons cela aux Céline Dion et consorts…

"Singin' in the rain" en attendant, fait le carton plein dans toute l'Europe pendant l'année 1978, en France, pour ne pas lasser la star, "I don't need a doctor" est choisi pour continuer la promo de l'album, Sheila et ses doctors Dévotion, font virevolter sa jupe noire sexy rappelant un peu l'époque "Julietta" qui paraît tellement éloignée maintenant… Quant à la chorégraphie de ce titre, on atteint là des sommets dans l'univers du kitsch !

Que devient Ringo ? on le voit poser, seul et triste, moustachu, attendant le retour de sa dulcinée, "Salut" titre : "Ringo : Je suis seul" et la presse va à nouveau s'enflammer pour le couple, sont-ils séparés ? le succès que remporte Sheila ne frustre t-il pas trop le chanteur dont le succès n'est plus trop au rendez vous ? Beaucoup de unes encore, le feuilleton ne risque t-il pas de lasser le public ? Sheila revient régulièrement en France et glisse toujours un mot sur son époux dans ses interviews, pour sa nouvelle émission quotidienne : "Top club", Guy Lux invite Sheila toute la semaine à évoquer des images d'archives parmi lesquelles son mariage, rien ne transparaît, Sheila est toujours souriante, telle qu'on la connaît, tout lui réussit… D'ailleurs, elle s'envole à nouveau pour les U.S.A. où elle a paraît-il de grands projets…

"Un nouvel homme dans la vie de Sheila" titre "Ici Paris" en juin, ainsi c'était donc vrai, Sheila va quitter Ringo… Que nenni ! On découvre Sheila dans les bras de… Gene Kelly, le grand Gene Kelly, l'inoubliable interprète de "Singin'in the rain" ! Les deux stars font la une de tous les magazines de l'époque, officiellement, le grand acteur a demandé lui même à rencontrer la nouvelle interprète de son fameux standard pour la féliciter de l'avoir si bien reprise… Ce qui clouera le bec à tous les puristes qui ont crié au scandale…"Dire que Sheila a osé toucher à ça ! " lâchera Guy Bedos sur scène, même l'hebdo "Télé poche" notera dans ses pages critiques : "Rendons hommage au courage de Sheila qui n'a pas hésité à chanter "Singin' in the rain" moins de quarante huit heures après la diffusion du chef d''œuvre de Stanley Donen"

L'histoire, une fois de plus est assez différente, la version de Sheila n'est passée que dans quelques discothèques américaines, pas assez pour qu'elle parvienne jusqu'aux oreilles de la star ! Une rencontre fut donc organisée par la presse Française à l'initiative de Claude Carrère, plutôt discret ces derniers mois, mais qui voyait plutôt d'un bon œil la tournure que prenaient les choses… Quoiqu'il en soit, la rencontre eut bien lieu chez le grand danseur sur les hauteurs de Beverly Hills, il ne se fit pas prier pour recevoir la petite Frenchie, il faut dire qu'il avait déjà chanté avec Mireille Mathieu juste avant de rencontrer quelques années plus tard Sylvie Vartan. La rencontre entre les deux interprètes de la même chanson se passa sous les meilleures auspices, séance photos au piano, sous les fameux parapluies dans le jardin de la star, une Sheila tout émue de faire dédicacer son livre "The story of Gene Kelly" apporté de France pour la circonstance… Gene Kelly fut sans doute l'une des plus grandes stars d'Hollywood, débutant en 1939 dans l'opérette "Pal Joey" à New-York, puis quelque temps plus tard, il se retrouve à la MGM et tourne dans "Pour moi et ma Mie" avec Judy Garland. Metteur en scène, chorégraphe, outre "Singin' in the rain" son autre plus grand succès demeure "Un Américain à Paris"… Il tire sa révérence en 1996.

Sheila reste quelques semaines aux USA le temps de compléter sa connaissance du nouveau monde, qui en est un pour elle auss et d'assister aux comédies musicales "Wiz" et "Tambucktu" avant de reprendre le Concorde et d'enregistrer un nouveau disque pour l'été. Sheila avoue avoir envie de travailler définitivement avec les B.Dévotion, leur entente est parfaite, l'humeur est au beau fixe et le succès aussi…Benjamin Auger fixe une image de Sheila sur une plage,  blondie par le soleil Californien , superbe, à une époque où les "Drôles de dames" connaissaient un grand emballement médiatique, la chanteuse aurait pu figurer aisément sans complexe au milieu d'elles

"You light my fire" est le nouveau titre du groupe, au rythme toujours disco, des guitares électriques ont été ajoutées et une improvisation de Sheila à la fin du morceau font de cette chanson une belle réussite, moins marquante que les deux tubes précédents, Sheila B. Dévotion reprend la ronde des shows internationaux, mais Sheila ne s'en lasse pas. Après un passage remarqué dans la bande à Sardou au début de l'été, elle retrouve l'Espagne, l'Angleterre, bref toute l'Europe accueille le nouveau look de Sheila moulée dans une combinaison lamée  avec un mini short couleur or, les B Dévotion ont rangé dans leurs placards leurs tenues médicales et revêtu là aussi des combinaisons tout feu tout flamme, la chorégraphie est d'enfer, Sheila a fait très fort. Aux Etats-Unis, elle se paie le luxe d'une séance photo chez le grand photographe des années quarante : George Hurrel qui l'immortalise dans de somptueuses mises en scène Hollywoodienne ! Pour parfaire une image moderne , Sheila pose avec les célèbres "Hell's angels' qui parcourent la Californie à moto et vivent en bande. Sheila raconte qu'elle les a rencontrés par hasard alors qu'elle était tombée en panne près de Los Angeles et qu'ils l'ont secourue, en réalité, ces "Bikers" sont propriétaires d'un journal consacré à la moto et ont participé à un reportage autour de la Frenchie-girl… Mais toutes ces expériences donnent une nouvelle image de Sheila bien loin de la gentille fille sage qu'elle a toujours représenté. En France, on peut la voir danser au "Palace" de Fabrice  Emaer, le temple de la nuit disco où le tout venant pouvait croiser les stars nationales et mondiales… Cet été là, Sheila et Ringo ne le passeront pas  ensemble, la chanteuse fêtera son trente quatrième anniversaire avec Ludovic.

Le couple nie la séparation, le métier qui les sépare, pourtant il n'y aura pas de photos de vacances dans les magazines comme chaque année depuis plus de six ans. Sheila se prépare à un grand show télévisé en direct dans les Arènes de Vérone en Italie. Avec son groupe, ils vont recevoir le trophée des juke-box qui récompensent la révélation de l'année. Sheila y apparaît très star vêtue d'une magnifique robe longue blanche et pour chanter son "Light my fire", une nouvelle tenue très sexy à franges couleur de feu, avec des bas résilles et un tonus qui va mettre en transe les trente mille spectateurs des arènes, elle n'aura guère l'occasion de renouveler l'exploit. Maintenant, il faut replacer les choses dans leur contexte, depuis toujours, les journalistes lui posent sempiternellement la même question au sujet de la scène et à dater de cette prestation à Vérone, Sheila affirmera qu'elle fait de la scène, mais à l'étranger ! Pour être tout à fait honnête, ce n'est pas ce qu'on appelle "faire de la scène" que chanter et danser un titre (peut-être deux maximum !) en play-back, sur un plateau télé, fussent les Arènes de Vérone ! Sheila a fait de nombreux shows à l'étranger, certes, mais ils étaient télévisés et elle n'en était pas l'unique invitée… Sheila n'a jamais chanté en "live" aucun des titres disco de part la chorégraphie importante, sauf parfois "Seven Lonely Days" en live sur sa bande play back, de plus celle de "Singin in the rain" présentée pendant un an et demi autour du monde dure plus de sept minutes mais aussi parce que ce n'était que de la télévision ou de la radio. Sheila provoque toujours en 1978 des scènes incroyables d'hystérie, de bousculades quand elle passe en direct sur les ondes de RTL, Europe ou Rmc, ou encore Sud Radio…

Dès la rentrée de septembre, Sheila n'a toujours pas une minute à elle, "Showbude" en Allemagne et le fameux "Musikladen" l'accueillent souvent, le festival de Venise lui fait rencontrer toutes les stars du disco, Patrick Juvet, Ritchie Family, Village people (tous de la même écurie Belolo-Morali, des Français qui cartonnent aux States !) Cerrone toujours là, Sylvester avec son "You make me feel", Blondie qui est plutôt rock-punk avec "Heart of glass"… D'ailleurs le mouvement punk apparu l'année précédente prend de l'ampleur, les disco-stars doivent maintenant compter avec ces groupes rebelles tels les Sex pistols et leurs hertzats  sympathiques comme le Belge Plastic Bertrand et son "Ca plane pour moi" qui côtoiera Sheila dans les hits internationaux.

Pour la fin de l'année, Claude Carrère estime que Sheila doit rechanter en Français, il a pris un risque en la coupant de son public de base : la famille, et il faut rectifier le tir. Pendant qu'elle commence l'enregistrement de son prochain album en Anglais avec les B Dévotion, c'est l'Italien Toto Cutugno , l'auteur de  la version originale de "L'été Indien" de Joe Dassin, de "Derrière l'amour" pour Johnny, plus tard le fameux "Italiano" repris en Français par Hervé Vilard en 1983 "Méditerranéenne" et l'immense tube de Dalida "Laissez moi danser" en 1979, qui écrit "Kennedy Airport" pour Sheila, un original qu'il reprendra plus tard à son compte. La chanson est un gros tube pour les fêtes 1978, le retour à sa langue natale ravit tout le monde, le titre est plébiscité notamment dans le "Super juke box" d'André Thorrent sur Rtl tv, il passe en rotation entre le clip des Bee-gees "Too much heaven" et les nouvelles idoles du film "Grease" : John travolta et Olivia Newton-John qualifiée par certains de Sheila Anglaise. Sheila change tout, de maquillage, ce qui lui vaut une distinction, un jury de maquilleurs américains l'ont classée ex æquo avec la princesse Grâce de Monaco, comme la personnalité ayant les yeux les plus hypnotiques du monde ! rien que ça ! Nouvelle coiffure, plus sophistiquée, finie la queue de cheval, Sheila effectue également ses prestations télévisées en direct, l'année 1978 se termine alors que Sheila va annoncer officiellement sa séparation avec Ringo.

 

Seventies
Chapitre 19

Autant Carrère n'avait pas vu sa relation avec Ringo d'un bon œil au début, autant un divorce pour sa petite Sheila idole des familles n'est pas non plus ce qu'il espérait pour elle et surtout sa carrière. Seulement voilà, si le disco à permis à Sheila d'épouser une carrière très ambitieuse, le fait de chanter en Anglais, de porter des tenues de plus en plus sexy, les shorts raccourcissent de tubes en tubes, le prochain sera carrément un body pailleté… Mais surtout dans une France plutôt conservatrice, le fait de s'entourer de blacks, a été très mal perçu ! Sheila est la première à avoir osé se déhancher avec un groupe black et la ménagère n'a pas apprécié… Le problème, c'est que les adolescents de 1977-78 ne se reconnaissaient pas non plus en Sheila, et les enfants avaient d'autres idoles, Sheila a perdu beaucoup de son public dans cette épopée disco, mais elle ne s'en est pas rendue compte immédiatement, puisque les ventes de ses disques en Anglais étaient très importantes puisque distribuées dans toute l'Europe et bientôt dans le monde entier… Curieux qu'un visionnaire comme Carrère n'ait pas songé que ce changement radical pouvait porter préjudice à sa protégée, il faut dire que Sheila n'est plus le centre de ses préoccupations, heureusement pour elle. Sheila a toutefois conservé son public de fans fidèles qui sont toujours très nombreux et va grâce au disco attirer vers elle, ce que l'on ne nomme pas encore la communauté Gay…

Donc, Sheila et Ringo se séparent, la belle histoire aura duré officiellement huit ans, mais depuis bien longtemps, Sheila avait fait le deuil de son mariage. Ringo confie dans la presse que tout s'est détérioré à partir de "Love me baby" Le couple divorcera le 9 novembre et ne se reverront jamais. Leur relation va sombrer peu à peu dans la haine…Ringo connaîtra encore quelques succès, comme ce "Darlin" fin 1978 où il adopte le look Travolta où la reprise de "Vidéo killed the radio star" des Buggles en "Qui est ce grand corbeau noir ?" qui sera son dernier succès. Il dissoudra sa maison de production "Formule 1" qui périclitait, mais s'offrira un grand frisson dans les arènes de Fréjus en août 1979 pour un concert unique. Il quittera Carrère, signera chez RCA, enregistrera avec Didier Barbelivien et signera un ultime album assez avant-gardiste "L'ange exterminateur", tellement novateur que personne n'en voudra… Pour l'anecdote savoureuse, il travaillera pour ce disque avec Jean-Pierre Martin, l'un des trois frères martin, dont Alex et un certain Yves

En 1983, il enregistre sans y croire un dernier 45 t "J'ai toujours besoin d'amour" qui sonne comme un appel a un ex amour, la presse à scandales ne s'y trompe pas et publie "Le cri de Ringo à Sheila : reviens moi"… Avec l'aide du journaliste Camille Gilles, il tente d'écrire un livre intitulé "Sheila et moi", tout de suite acheté par "France dimanche" qui publie les premiers chapitres, le projet n'ira pas plus loin, Sheila fait interdire la suite des publications…"Attends, quand tu lis tes mémoires écrites par ton ex mari, c'est l'horreur, si t'es insensible à ça, t'es insensible à tout"… Les relations déjà détériorées vont l'être encore plus, Ludovic étant au centre d'un combat, Sheila affirmant que son père ne s'en occupe pas et ce dernier jurant que son ex femme fait tout pour qu'il ne puisse pas le voir… Bref, une histoire familiale comme il en existe beaucoup, mais qui fait couler beaucoup d'encre quand le couple est célèbre.

Ringo vit quelque temps aux USA où il refait sa vie et gère le "City rock café" dès son retour en 1985. Il restera très discret pendant que son ex femme n'ira pas de main morte avec lui dans bon nombre d'interviews, lui se vengera lorsqu'il donnera une série d'entretiens lors de l'ouverture de son nouveau restaurant à Toulouse en affirmant que son mariage avec Sheila n'était qu'un coup de pub orchestré par Claude Carrère, qu'il n'a vu Sheila en tout et pour tout qu'un quart d'heure en tête à tête en cinq ans de mariage, qu'elle était tout le temps dépressive et dure à vivre…

Quoiqu'il en soit, ces deux là sont dans la mémoire collective, leurs "Gondoles" sont restées à quai, mais ils ont marqué une génération, leur couple a fait rêver, fantasmer dans les chaumières seventies, aujourd'hui, on doit se souvenir que de ce glamour ultra kitsch presque tendance…

Sheila reste anéantie par son divorce, elle pensait s’être mariée pour la vie comme ses grands-parents et ses parents, la vie va reprendre le dessus et le travail surtout. Elle enregistre donc en ce début d’année, un nouvel album en anglais qui comportera des titres en solo et d’autres qu’elle interprétera seule. Cette nouvelle direction arrive au moment où le disco perd de la vitesse et qu’il faut renouveler le genre. « Seven lonely days » est le premier extrait de ce futur album .Sheila apparaît toujours aussi sexy dans ce fameux body pailleté argent, évoqué plus haut qu’elle porte avec une veste en satin blanc. Pour la première fois, elle chante sans ses trois garçons et à la place , trois choristes « filles » l’accompagnent, cela donne une image très moderne, exit la chorégraphie.

« Seven lonely days » est une nouvelle reprise,  bien moins connue que « Singin’in the rain » puisqu’au départ, c’est une chanson d’orchestre, interprétée également par des artistes tels Guy Lombardo, Gisèle Mc Kenzie , Cyril Stapleton et bien d’autres…On la retrouve en 1953 traduite par Danielle Darrieux et Annie Cordy « Tout au long de la semaine ». La version Sheila est davantage country que disco et malgré une nouvelle distribution à l’échelle Européenne, n’accrochera pas. A tel point, qu’une nouvelle version samplée sur le titre numéro un des boîtes « Knock on wood » la reprise d’Amii Stewart, une diva disco, sera commercialisée, tout d’abord avec un support original pour l’époque, un « picture disc » autrement dit, une photo de Sheila incrustée sur le sillon du maxi 45 tours qui sort tout d’abord, suivi de la version courte en 45 tours et du maxi normal. En tout et pour tout, cinq supports différents (sans compter évidemment les pressages étrangers) pour un titre moyen qui, country ou disco n’enthousiasmera pas les foules. L’un des tout premiers « remix » de l’histoire revient donc à Sheila !

Celle-ci effectue sa promo dans toute l’Europe, et la chanson, outre la France ne sera classée qu’en Allemagne. Pendant ce temps, les trois Dévotion ne restent pas inactifs et Dany écrit un titre pas mal ficelé intitulé « High feeling » qui sort en même temps que « Seven lonely days », ainsi ils pourront accompagner leur partenaire partout comme à la grande époque. Pour ce disque , les garçons troqueront étrangement leur nom « B Dévotion » pour devenir les « Trinita ». Ils enregistreront un second titre pour l’été : « Do the rock » qui ne marchera pas du tout. Sheila les retrouve donc sur tous les plateaux tv entourés de Tina Turner, David Bowie , Gloria Gaynor qui remporte un succès énorme avec « I will survive » qui est devenu l’hymne de la communauté gay avant d’être récupéré des années plus tard par les supporters des « Bleus » pour la coupe du monde 1998, remportée haut la main. Les « Showbude, Musik Laden, Top-pop, Dominica in, Dieci Hertz » sont devenus des rendez vous réguliers pour notre vedette autant que les « Midi première, Top club, Rendez vous du dimanche » en France. La Rai lui consacre même une heure rien que pour elle et Marie-France Brière la filme dans les rues de Rome pour sa nouvelle émission « Exclusif ».

Sheila se déplace partout bien entourée, de sa garde rapprochée, les Trinita, les trois choristes New-Yorkaises, Annie Markhan, la fidèle attachée de presse qui représente Claude Carrère qu’on oublierait presque, et trois nouvelles venues, Jean, la secrétaire particulière, Hélène la fidèle coiffeuse et Betty la maquilleuse.

Betty Sebaoun défraiera la chronique dans les années à venir. Elle deviendra complice de truands « par amour » et écopera de vingt ans de prison après un hold up sanglant qui laissera trois cadavres sur place !… Bernard Lavilliers lui consacrera une chanson en 1981 tout simplement intitulée « Betty ».

Carrère sent que le disco ne sera pas comme le rock, la musique de boîtes va évoluer mais le disco boum-boum des grandes années est en train de mourir. Un titre passe et repasse sans arrêt sur les ondes, dans les discothèques, « Le freak » avec son gimmick entêtant « Ah freak out ! le freak, c’est chic ! » justement interprété par le groupe Chic. Les deux membres fondateurs du groupe Bernard Edwards et Nile Rodgers sont nés en 1952 et se rencontrent en 1972, ils créent d’abord un premier groupe « Big apple band » et en 1976 décrochent un premier hit « A fifth of Beethoven ». L’année suivante, ils engagent deux choristes et fondent Chic, leur fameuse association sera extrêmement florissante, « Dance dance dance » en 1977 révolutionne la musique disco qui hésite maintenant entre le rock et le groove. En 1978, c’est la consécration mondiale avec l’album « Le freak » contenant un autre number one : « I want your love » et en 1979 le carton plein avec « Good times » samplé tout de suite par Sugarhill gang, qui en fera le premier rap de l’histoire « Rapper’s delight » d’une durée de quinze minutes ! Parallèlement à leur groupe, Edwards et Rodgers produisent ensemble le quatuor des Sister Sledge et leur concoctent sur mesure leur plus gros hit « We are family » un hymne à la famille, ça vous rappelle rien ? puis « He’s the greatest dancer, Got to love somebody… » que des standarts disco-funk !

Avec son flair légendaire, Carrère fait découvrir le son Chic à Sheila et fait tout pour les leaders du groupe acceptent de la produire. C’est un beau cadeau que fait là Carrère à sa protégée, professionnellement il n’en fit pas beaucoup et il dut batailler ferme pour obtenir un contrat. D’autant plus, que Diana Ross était sur les rangs et que son album était déjà en préparation. Sheila laisse tout tomber, l’album qu’elle avait commencé à enregistrer ne sera finalement qu’un maxi 45 tours surtout destiné aux boîtes, aucune promo ne sera faite autour de ce  « No no no no » qui sort d’ailleurs, comme deux ans auparavant, sous le nom « SB dévotion ». Curieusement, ce titre , disco traditionnel, sera le premier à faire son entrée dans le fameux hit des clubs Rtl, animé par Bernard Schu. Ce hit était composé par les discothèques Françaises qui envoyaient leur play list. Jusqu’alors, Sheila passait peu et dès ce « No no no no » quasi anonyme (ceci explique-t-il cela ?), on put l’entendre plus souvent. Deux autres titres ont été « sauvés » de l’album, « Sunshine week-end » insignifiant et répétitif et « Tender silence of the night » que Sheila interprète seule avec une voix très douce, très inhabituelle, vocodée bien avant Cher. La chanson sera reprise trois années plus tard en Français par Julie, pas encore Piétri…fraîchement débarquée chez Carrère, pour peu de temps, la belle ayant un caractère bien trempé…

Le contrat est signé avec Chic dès le début de l’été et Sheila reçoit la cassette de la démo et raconte-t-elle, elle pense à une erreur, que jamais elle ne pourra  chanter sur  le ton grave qui a été choisi pour elle. En fait, les deux producteurs ont écouté les premiers tubes disco de Sheila et sans ambages avouent ne pas aimer la voix aiguë de la vedette et ont décidé de lui faire enregistrer d’abord un premier titre dans un registre totalement différent. Sheila raconte encore qu’elle a répété « Spacer », puisqu’il s’agit bien de cette chanson qui deviendra l’un des standards incontournables de la disco mondiale, dans sa voiture sur son auto radio et qu’elle n’en revenait pas qu’une telle chanson lui fut destinée !

Alors que la France « consternée » la voit divorcer, Sheila accorde un long interview a Jean Cau, l’ancien secrétaire d’André Malraux et journaliste à « Paris Match » qui ne s’est guère passionné pour elle depuis la première bougie de Ludovic. Trois pages lui sont consacrées, il est bien sur question pour beaucoup de sa vie privée et l’article « Star, pas d’homme, un enfant » est le premier dans lequel, elle évoque sa situation privée... Sheila est déjà créditée de cinquante millions de disques vendus, de 900.000 albums et 650.000 singles de « Singin’ in the rain ». Cau lui trouve un air frais de cantinière de la grande armée, de Jeanne D’arc, de Sheila la tulipe ! Sheila se livre comme rarement, avouant qu’elle ment un peu dans les interviews, que, bien sûr, elle a voté aux dernières élections législatives, et donne son avis sur les politiques ! Marchais en fait trop, Chirac couvre tout le jeu (elle sera sur sa liste seize ans plus tard ) Mitterrand qu’elle trouve raide et froid , elle donne l’absolution à Françoise Giroud et trouve que Simone Veil ne porte pas assez sa voix… Jean Cau lui prédit que son divorce était prévisible et que c’est malheureusement sa destinée, parce qu’elle est Sheila ! Il l’accuse ensuite , parce qu’elle chante en anglais d’être un agent du colonialisme culturel Américain, avec humour bien évidemment. « Vive Piaf, Tino Rossi, Brassens, Trenet… Si la chanson est l’âme légère d’un peuple, vous trahissez en rase campagne ! « Le journaliste demande ensuite à quel âge, Sheila sera vieille, et de répondre « Quand je ne chanterai plus ! (..) le rêve c’est mourir sur scène mais plus tard je serais fière d’être grand-mère, entendre mes petits enfants dirent « c’était notre grand-mère qui chantait »… ». « La culture, c’est pas mon rayon,(…) j’aime les belles villes, les beaux monuments (…) je suis gênée de n’avoir aucune culture… » peut-on être plus sincère ?

Jean Cau lui fait une étrange prédiction en lui demandant si, dans dix ans, son fils la suppliait d’arrêter ce métier pour son équilibre, quelle serait sa réaction… Sheila sans hésiter répond qu’elle laisserait tout tomber, que l’amour de son enfant est plus fort que tout… Dix ans après cette interview, Sheila rendait les armes… Peut-être à cause du métier mais aussi pour se rapprocher de sa famille, et de Ludovic en priorité…

En attendant, la nouvelle est parue en exclusivité dans le « Hit magazine » d’août, Sheila sera produite par le groupe Chic ! Avant d’aller plus loin, il faut évoquer le rachat des magazines « Podium » et « Hit » par le groupe Claude Carrère peu après la disparition de Claude François. Les deux revues ont un contenu identique, ils finiront par fusionner peu après et demeureront les leaders de la presse ado avec « Salut » et « Ok magazine ». Evidemment, Sheila est omniprésente et pour la pub radio, c’est le tube du moment de la chanteuse qui passe en fond sonore… Bien souvent, c’est par ces mensuels, que le public apprend sa dernière actualité, on a pu y lire des titres de chansons annoncées en couverture, alors qu’elles n’étaient pas encore sorties !  « Le journal de Sheila » par ailleurs , continue à être distribué chaque mois dans les boîtes à lettres des abonnés, certes plus aussi nombreux que dans les années 60…

La presse à scandales titre en une «L’affaire des seins nus de Sheila », prise à son insu par les paparazzi sur son bateau, les seins nus, Sheila n’a pas apprécié. Cet été là, Sheila a joué les Saint Bernard en sauvant une femme enceinte de son bateau en flammes, la jeune femme prénomma sa fillette du nom de sa « Sauveuse », jolie histoire qui ne fit pas la une ! …

 

Seventies
Chapitre 20

Sheila reprend donc le « Concorde » et s’envole jusqu’à New-York. Là, le mythique studio « Power Station » l’attend pour poser sa voix sur la bande. A priori, d’après les souvenirs de la chanteuse, Claude Carrère l’accompagnait et avait apporté avec lui, sa fameuse « petite boite » qui faisait la magie du son « Sheila »… Inutile de préciser qu’il fut mis au parfum et que, lui et sa quincaillerie restèrent à la porte. Maintenant, on connaît les étranges superstitions et manies de Carrère, mais qu’était-ce au juste, cette boîte dont la vedette parle souvent ? Il semblerait à l’écoute de certains titres qu’elle était utilisée à rendre encore plus aiguë le timbre déjà élevé de la petite Sheila, qui en plus, devait subir la présence du fameux magnétiseur…

Au « Power station », pas de simagrées, c’est peut-être le premier enregistrement pur de l’artiste ! Elle ne précise pas non plus si les B.Dévotion étaient en cabine, il semblerait que non, puisque Dany et Freddy étaient occupés à la promo de leur propre disque et de son coté Arthur tournait un film réalisé par Michel Deville ; « Le mouton noir » avec Jacques Dutronc comme partenaire.

Les chœurs sont réalisés par le groupe Chic, donc leur présence n’était pas indispensable. Dés le retour en France, Sheila travaille sa nouvelle chorégraphie, la première depuis « You light my fire » en compagnie de ses trois amis retrouvés. Un vidéo-clip est tourné en Angleterre, l’un des premiers de l’histoire. Avant cela, la chorégraphie était simplement enregistrée et le film servait de support clip. Celui de « Spacer » comportait quelques effets spéciaux, qui font sourire aujourd’hui, comme le laser qui sort de l’œil de Freddy ! Un monument kitsch, d’autant plus que le groupe avait revêtu pour l’occasion, de superbes combinaisons argentées et agitaient des bâtons fluorescents à chacun de leurs passages télévisés qui furent nombreux en France et partout dans le monde.

Avec ce titre, Sheila devient réellement une vedette internationale, « Spacer » est classé dans plus de vingt-cinq pays. On le trouve au Royaume Uni pour quatorze semaines, en Allemagne pour vingt-huit semaines, en Italie : vingt six semaines, cinq semaines en Irlande,huit semaines aux Pays-Bas,  et se paie le luxe d’entrer à la trente huitième place du Billboard aux Etats-Unis ou rares furent les artistes Français à y figurer, on peut citer Piaf et…Sœur Sourire, la nonne chantante qui avait conquis le monde avec sa « Dominique nique nique… » , elle connut un destin tragique, ruinée par un imprésario véreux, quittant les ordres pour vivre avec une jeune femme (scandale, à l’époque !) la pauvre sœur n’eut bientôt plus le sourire et mit fin à ses jours… On retrouve Sheila classée également dans le Cashbox et tous les charts de musique noire en particulier. Fièrement, Sheila avouera que les programmateurs ont d’abord cru qu’ils avaient affaire à une chanteuse Black ! Il faut dire que la signature « Chic » n’y était pas étrangère !

« Spacer » est considéré aujourd’hui comme un des morceaux les plus aboutis de la disco musique, plus rien à voir avec les mélodies faciles qu’a pu générer ce style de musique, le groupe Chic était respecté de par la qualité musicale et les arrangements impeccables comme leur production. On ne compte plus les compilations qui sortent dans le monde entier avec « Spacer » en chef de file… Il y eut une dizaine de reprises, la meilleure étant celle de l’ex chanteuse du groupe Eruption (I can’t stand the rain) la délicieuse Précious Wilson. Mais la version originale demeure la plus réussie. Même Sheila fera quelques nouvelles versions bien des années plus tard, le célèbre Dj Dimitri From Paris,( récompensé par la légion d’honneur en 2005 pour avoir exporté la « French touch » dans le monde entier) s’y collera mais sans réussir à retrouver la magie du seul et unique « Spacer » version 1979…

Devant le succès incroyable de ce titre, Sheila a donc le feu vert pour l’enregistrement d’un album complet réalisé par Bernard Edwards et Nile Rodgers. Elle va donc partager son temps entre Paris et New-York. Elle quitte sa maison à Feucherolles et loue un hôtel particulier à Neuilly et s’arrange pour ne pas rester trop longtemps éloignée de Ludovic qui fêtera son cinquième anniversaire dans quelques mois, mais le public Français ne reconnaît plus sa petite Sheila, qui aurait cru que cette yéyé aux couettes improbables deviendrait une femme sexy et dont les chansons feraient le tour du monde ? Giancarlo Botti fait une nouvelle série de photos avec la star, qui assure devant l’objectif… Sheila est prête pour se lancer dans la grande aventure et elle est bien partie ! les années soixante-dix s’achèvent, Sheila en fut la reine , une nouvelle décennie s’annonce prometteuse, elle travaille avec l’un des plus grands producteurs au monde, elle a trente quatre ans, la vie devant elle, un petit garçon qu’elle adore, nul doute que ses ennuis amoureux vont s’estomper, le meilleur c’est pour l’avenir…

 

A suivre...

 

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