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Années 80
Chapitre 27

Vendredi 22 février 1985, ils sont venus, ils sont tous là, ceux qui n’y croyaient plus comme ceux qui savaient que ce jour viendrait enfin, la salle du Zénith est pleine à craquer, tout le monde est fébrile, devant comme derrière le rideau, ils sont venus de loin, et elle revient de loin, osmose parfaite, sous les vivats, les "Shei-la, Shei-la" scandés à l’infini par six mille fans , elle les entend, de sa loge où nerveuse, excitée, elle sait que son heure est venue, cet instant est à elle, à eux…Elle s’avance, Europe 1 partenaire officiel retransmet le concert en direct, les caméras des différents journaux télévisés du soir la filment, éclatante, lançant un M… ô combien de circonstances et elle s’élance…

Délire total de la salle, qui n’était pas présent ce soir là au Zénith ne pourra s’imaginer ce que l’apparition soudain inattendue de la star dans le halo de lumière a provoqué ! Une entrée inattendue elle aussi, les paris étaient ouverts entre les fans, une chorégraphie forcément, du rythme… Eh bien non, c’est sobrement que Sheila vêtue de taffetas de soie noire griffé Gaultier, le styliste a été chargé de la totalité des costumes,  entame sa chanson fétiche du moment "Vivre mieux"

Bien sûr, cette chanson qui résume à elle seule les vicissitudes de sa vie privée comme professionnelle

«Je suis femme, je le vis mal, j’ai toute une vie sur papier journal (…) je veux vivre mieux , tout multiplier par deux, écoute un peu mon langage même s’il te paraît sauvage… je veux juste bien me sentir dans ma peau »…


Ainsi après cette mise au point ovationnée, le grand rideau noir derrière elle où le clavier d’un piano était dessiné, se déchire, laissant apparaître les musiciens, parmi lesquels Gino Pallatino, Bernard Minet qui connaîtra bientôt son heure de gloire avec Dorothée et ses Musclés….

Yves Martin aux chœurs, Olivier Masselot à l’orchestre, tout cela servi par les lumières de Jacques Rouveyrollis qui a éclairé Johnny. L’idole des jeunes a d’ailleurs invité Sheila à la rejoindre sur scène pour sa dernière un mois avant pour le duo  "Mon p’tit loup" avec dans la salle un petit garçon de pas tout à fait dix ans, émerveillé de voir sa maman enfin sur une scène !

A vrai dire, c’est Jean-Claude Camus qui a imposé ce duo entre Johnny et Sheila, c’est une de ses habitudes de réunir deux artistes de deux spectacles qu’il produit, dans les années à venir, Johnny se fera imposer Lara Fabian, Sonia Lacen, Larusso…

Sheila enchaînera avec son dernier succès "Je suis comme toi", les chorégraphies de ses nouveaux titres comme "Vis va, Guerrier Massai" avec la pétulante Jamie qui annoncera quelque peu ennuyée, peu avant le lever du rideau à sa patronne qu’elle attend un heureux événement. Sheila, les larmes aux yeux l’embrassera et proposera même que l’on refasse les tenues adaptées pour la grossesse…

Jamie Costa
ne gardera que des bons souvenirs de Sheila, "C’est une fille à qui on a fait beaucoup de mal, quand elle rencontre quelqu’un, elle est sympa mais réservée, lorsque le contact humain est établi, c’est une fille formidable (…) elle a une capacité d’apprendre extraordinaire (…) elle n’a jamais refusé de passer des heures pour maîtriser certains pas de danse, car elle danse vraiment, ce qui est exceptionnel chez les artistes Français."

Habillée en petit page en collant noir, Sheila nous gratifiera d'une demi heure de medley de ses plus grands tubes, il était impensable que la Sheila millésime 85 oublie la petite fille aux couettes ou la jeune femme en Azzaro qui s'est spécialisée Gaultier, pour le meilleur et le pire…

Tout y passe et la bonne idée est que les danseuses apparaissent derrière la vedette avec le costume d'époque, la tenue de gym orange de "Bang bang" où encore un faux Ringo, pour une gondole solitaire. Sheila termine ce pot pourri que d'aucuns jugèrent trop long avec "Les rois mages" interprété quasiment en entier, normal pour le plus gros tube de sa carrière.

Difficile pour Sheila de faire cohabiter la Sheila "new era" et la Sheila "Carrère", seul l'humour du second degré pouvait faire passer la pilule… D'ailleurs, le public apprécia davantage ces extraits de souvenirs que la partie dite rock où une Sheila habillée d'une belle robe fourreau blanche terminera le show avec "Jumbo loo" ou "América" qui ne réjouiront que les fans purs et durs… Avant cela, il y aura eu la débauche d'effets spéciaux et de décors pharaoniques comme ces huit tours géantes pivotantes permettant des fausses sorties, des trompe l'œil, ainsi on pense suivre des yeux la vraie Sheila en pleine ascension lors du "Film à l'envers" et en fait la voir réapparaître a l'opposé en pleine lumière, un choc ! 

Pour l'ouverture de sa seconde partie, finie la sobriété, place à la science fiction, Sheila débarque de sa soucoupe volante pour "Spacer" tandis que ses huit danseurs montent du sol dans un déluge de fumigène et les cris des fans qui sont sous le choc de tant de merveilles déployées sous leurs yeux… Et ce n'est pas fini, pour la reprise de "Singin' in the rain" en version originale s'il vous plait, le disco en 1985 n'était pas ressuscité et demeurait ringard, c'est pourquoi le "Love me baby" du final fut réorchestré sur un tempo plus rock.

Mais pour chanter sous la pluie, un aquarium géant qui emplit toute la scène, et Dieu sait si cette scène est gigantesque, est amené, des tonnes d'eau y pleuvent à l'intérieur pour laisser place à une Sheila décomplexée s'amusant, une fois de plus, avec une image en miroirs, laissant une fausse Sheila de dos s'accaparer la chorégraphie de la vraie Sheila… Bref, encore quelques moments d'émotion pour le tableau Fellinien de "L'écuyère" très apprécié, la reprise "surprise" du "p'tit loup" emprunté au pote Johnny et un "Bang bang" interprété comme un classique, au même titre que "L'école est finie" où Sheila n'a pas osé le second degré…

De ce spectacle magnifique, il ne restera qu'un témoignage audio, beaucoup de photos, quelques extraits filmés pour la télé, et aucune captation vidéo, personne ne se proposa alors que tous les médias ne purent que s'agenouiller devant le "métier" de la star…

Quelques morceaux choisis de la presse de l'époque…:"Le point" souligne le nouveau look tant visuel qu'artistique et aussi fait état d'une super pro nourrie à bonne école, et d'une incroyable capacité à séduire les plus sceptiques…

Le fidèle "Jours de France" la met à l'honneur superbement et titre "Le triomphe de Sheila" avec huit pages dithyrambiques et de bien belles photos. "Match", fidèle lui aussi, refuse sa couv' mais lui consacre malgré tout six belles pages "Cette femme de quarante ans, c'est bien moi !". L'un des premiers à annoncer que désormais Yves Martin est son homme de "chœur"…

"Le matin
" compare sa voix à celle de Véronique Sanson et enthousiasmé affirme que le pari est d'ores et déjà gagné… "Le Figaro" la qualifie de virtuose lorsqu'elle s'essaie à la basse ! Quant au "Quotidien de Paris", il évoque la difficulté pour l'artiste d'assumer d'avoir été Sheila et de ne pas renier ses tubes dont l'intérêt est plus historique qu'artistique mais qualifie d'excellentes ses dernières créations… "L'express" titre "Chacun pour soi" et l'auteur de l'article affirme qu'en allant applaudir Sheila, on va tester la température de la France, même si la "Petite fille de Français moyen" est bien loin maintenant de "La famille et des valeurs prônées par le passé…

Pour "France soir", elle a mis le Zénith en état de choc "chanteuse sensationnelle doublée d'une bête de scène". Pour "L'humanité" , elle met fin a vingt deux ans de malentendus, tout en concluant que vingt deux ans, c'est beaucoup pour découvrir une chanteuse….

Le métier assiste à la générale du 25 février, on y voit Jean-Claude Brialy, l'ami de longue date, on l'écoute : "c'est une bonne claque à tous les imbéciles qui ont fait la fine gueule et qui ont cru qu'elle n'allait pas tenir la scène, une bonne leçon d'humour et de talent…"

Line Renaud, Nathalie Baye éblouie, venue représenter son mari Johnny sur scène lui aussi, les fans espéreront sa venue tout au long du mois, en vain. On y voit Sacha Distel accompagné de Chantal Nobel, peu avant le terrible accident de voiture qui coûta la carrière de l'actrice de "Chateauvallon" à qui l'on prédisait un bel avenir…

Les "petites sœurs" de Sheila sont venues, autrement dit : Karen Cheryl et Douchka venues prendre des cours… Pas loin, Mémé à qui Sheila a pardonné sa trahison, Patrick Bruel venu applaudir les nouvelles chansons, surtout celles écrites par son copain Presgurvic… Bien d'autres viendront saluer la performance de la star, qui dut faire face à quelques incidents techniques, ainsi les quelque quatre milles personnes ont pu constater que le temps du play back est révolu.

Sheila se déclare heureuse, heureuse à en crever… Claude Carrère ne put saluer son ex protégée, l'accès à la loge lui fut refusé, Sheila expliquera des années plus tard que les gardes du corps n'avaient pas compris…Toujours est-il qu'il régla la balance qu'il trouvait justement mal ajustée et s'en retourna chez lui rejoindre son épouse et son fils Axel qui a repris aujourd'hui les activités de papa…

Le 26 février, Sheila a déjà cinq jours de spectacle derrière elle, ce qui est déjà beaucoup, bien sur à l'époque, avant elle,  Johnny et France Gall ont signé pour cinq semaines, mais de nos jours, plus personne ne prendrait un tel risque de rester aussi longtemps dans un endroit aussi immense… Sheila a déjà pratiquement emballé toute la presse, il n'y a pas un seul article qui n'ait reconnu le talent indéniable de l'ex petite fille aux couettes, mais pour que la gageure soit réussie, il lui faut encore tenir un mois…Hélas, à dater du début mars, le Zénith sera "le théâtre" de la chute finalement inattendue de l'idole…

Avec le recul, ce n'est pas la chanteuse qui a vu trop grand, elle s'expliquera en avançant que le producteur Jean-Claude Camus avait loué la salle pendant un an et qu'il avait "un trou" de cinq semaines à cette période, l'illustre producteur de Johnny reconnaîtra lui même que tout le monde se battait pour signer l'événement que constituait le retour de Sheila, il n'a pas un seul instant douté que remplir plus d'un mois une salle de six mille places chaque soir serait difficile pour celle qui déjà ne représentait plus la France moyenne...

D'autant plus que Johnny avait eu quelques difficultés de remplissage sur la fin des six semaines prévues, Camus a du penser que France Gall qu'il produisit trois mois avant Sheila sur cette même scène, n'avait eu aucun mal a remplir le contrat d'un mois, pour Sheila, infiniment plus populaire n'aurait pas de soucis… C'était sans compter que Madame Berger avait pour elle des tubes à la pelle, ce que n'avait plus Sheila, "Je suis comme toi" l'album n'avait pas atteint le disque d'or malgré une entrée timide du 45 tours du même nom à la quarante troisième place du Top 50.

Pour France donc, des ventes de disques colossales, notamment avec "Débranche" le dernier en date et que son public n'était plus le même que pendant les années 60, alors que pour Sheila, son public de base l'avait lâché dès la période disco, et n'avait pas réussi à se faire admettre par le grand public qui n'avait aucune honte à classer France Gall dans sa discothèque entre Brassens ou Tina Turner, alors que pour Sheila, il n'etait pas encore prêt, malgré le déferlement de critiques toutes aussi élogieuses des médias…

D'emblée, avant même le démarrage du spectacle, une semaine entière est annulée, la dernière aura lieu le 17 au lieu du 24 mars, mais ça ne suffit pas, dès les premiers jours de mars, Sheila annule des concerts, elle accusera la production d'avoir refusé d'ouvrir la salle a moins de deux mille personnes, combien de spectateurs ayant réservé ont trouvé Zénith clos ?

Même les places offertes aux abords de la salle ne pourront emplir les gradins désespérément vides… On imagine la détresse de Sheila devant la salle fermée, faute de public… On peut évaluer à soixante quinze mille personnes ayant pu applaudir Sheila au lieu des deux cent cinquante mille escomptées… Le fiasco est financier, Sheila déclarera à l'"événement du jeudi" : "Oui je me suis un peu plantée, mais ce n'est rien à coté de ce que je me suis prouvé"…

C’est le chroniqueur mondain Paul Wermus qui le premier lâcha le « scoop » dans « Le quotidien de Paris » où il officiait à l’époque sous le titre devenu célèbre : "Y’a t-il un spectateur dans la salle ?", il écrit ainsi :

"Le spectacle de Sheila n’est pas le triomphe affiché dans toute la presse Française (…), il n’est pas déshonorant pour une vedette de s’être trompée, d’ailleurs la qualité d’un spectacle n’a rien à voir avec son succès(…) Oui Sheila a annulé des représentations faute de public, oui elle ne chante que deux soirs par semaine, oui elle affronte un échec dans sa courageuse entreprise de remonter sur scène »… 


Camus devra subir une perte lourde de plus de dix millions anciens et citera toujours "le drame de Sheila au Zénith" comme sa plus grande catastrophe financière, tout en reconnaissant, la qualité et la beauté du spectacle… Carrère avait mis également une dizaine de millions dans la publicité et ne sera évidemment pas remboursé… Sheila va donc traîner ce boulet derrière elle, le public qui n'est pas venu n'ira pas chercher plus loin, si Sheila a fait le bide que l'on dit, c'est qu'elle ne tient pas la route, lorsqu'un spectacle ne marche pas, c'est toujours la vedette qui en est responsable…

Les portes qui commençaient à s'ouvrir timidement pour la chanteuse vont se refermer très vite, le métier, qui au passage, s'est bien gaussé, lui tournera le dos… Les copains qui l'avaient encouragés et félicités lors de la générale seront déçus pour elle, on pense à Dalida, Sacha Distel, Karen Chéryl, Line Renaud, d'autres déclareront qu'il ne fallait pas faire le Zénith, Sylvie Vartan notamment a trouvé que son ex rivale était mal entourée, Entre Camus et la belle blonde, ce ne fut jamais le grand amour !

Goldman n'a pas compris pourquoi Sheila a pris un tel risque, "Elle aurait fait l'Olympia quinze jours, elle aurait fait un triomphe, mérité, et elle aurait fait le Zénith ensuite sans problème…", Nicole Croisille qui devait arriver de Mars, déclare être ravie pour elle car elle a appris que le spectacle s'était bien passé, qu'elle avait eu peur qu'on la décourage…

Coluche au micro d'Europe 1 où il anime sa quotidienne "Y'en aura pour tout le monde" raconte qu'il lui a envoyé un télégramme : "T'inquiète pas ma poule, tu les auras ! " seulement finit-il, les gens ont trouvé que vingt deux ans après (ses débuts) c'était vingt deux ans trop tard …

La choriste Diane Dupuys qui a travaillé avec France Gall, Daniel Balavoine et Sheila revient sur sa collaboration avec cette dernière : « C’était super, fabuleux, Sheila c’est une chanteuse de  rock ! Elle a des choses à dire, des tripes, elle m’a complètement fascinée ! pour moi, France et Sheila sont des mythes ! ». Quant à Jean-Paul Gaultier, il lâchera Sheila quelques semaines plus tard en déclarant au journal « Elle » que le spectacle de Sheila était vraiment ce qu’il avait fait le plus à coté de la plaque !

Une bonne blague va même circuler dans les couloirs des maisons de disques, en 1985, la mode des disques caritatifs fait son apparition, Michael Jackson et Lionel Ritchie ouvrent le feu avec leur "We are the world" au profit des enfants d'Ethiopie, tout de suite après, les chanteurs Français iront de leur refrain également avec "Loin du cœur et loin des yeux" à l'initiative de la bande à Goldman, Berger/Gall, cela donnera même un concert à la Courneuve avec Sos racisme emmené par Harlem Désir, Sheila en fait même la promo au Top 50 de Marc Toesca, pourtant elle y apparaît loin derrière les autres ,esseulée, les mains dans les poches, visiblement pas à sa place dans la nouvelle grande famille des gagnants de l'implacable show bizness…

Suivront le fameux "Tam tam pour l’Ethiopie" par les "Chanteurs sans frontières" et quelques bons collègues de bureau en feront une version cruelle "Tam tam pour Sheila" par les chanteurs sans pitié !!!  Cela n’empêchera pas la vedette concernée de participer à l’aventure des "Femmes du monde" à l’initiative de la mère de Yannick Noah et Alice Dona pour l’association "Care France" qui se bat pour les femmes du Tiers monde, cela donnera une belle chanson composée par Alice Dona et Claude Lesmesle "La chanson de la vie",

Sheila pourra graver sa voix sur la même cire que Barbara mais aussi Dorothée ! en tout, vingt six chanteuses participeront à cette opération qui aura très peu de succès comparé au score incroyable de la chanson de l’Ethiopie… Alice Dona a contacté beaucoup de ses "amies", mais si Nicoletta, Isabelle Aubret, Rika Zarai, Jane Birkin, Linda De Suza, Michèle Torr,  Catherine Lara au violon pour les plus célèbres ont répondu présentes, quelques grandes absentes font défaut, Sylvie Vartan est aux States, France Gall s’occupe déjà de l’autre disque, Dalida n’est pas venue parce qu’il y avait l’Italienne Milva, Mireille Mathieu a refusé parce que Dalida n’y était pas… Quant aux nouvelles têtes d’affiches, Jeanne Mas ne veut pas se mêler à cela, pourtant Mylène Farmer alors débutante, ne participera pas au disque mais viendra le temps d’une télé pour Michel Drucker se joindre au chœur des femmes…

Il faut dire qu’à la même période, Coluche lance les "Restos du cœur" avec la chanson emblématique de Goldman qui éclipse tout le reste, l’ère de la "Charité bizness" est arrivée, Jean-Luc Lahaye, le "Papa chanteur" termine la série avec ses fondations "Cent familles" pour l’enfance abandonnée…

Le 17 mars 1985, Sheila est sur scène pour son ultime spectacle. Le délire est total, dans le public, un document amateur circule parmi les fans essayant de restituer un peu de l’ambiance, sans y arriver, il ne restera pas beaucoup de souvenirs visuels de cette épopée, le cœur serré de quitter le Zénith, c’est une Sheila en larmes qui quitte son public, après bien des péripéties…

Le lendemain, Michel Denisot l’invite sur Canal + dans son émission "Zénith", émission baptisée ainsi grâce à Sheila, relate l’animateur, le décor du plateau est inspiré de celui du spectacle que présentait la star, bel hommage. Sheila est présente sur le plateau aux cotés de Gérard Depardieu. Elle arbore de grosses lunettes noires, effectivement, la dernière et la fête qui a suivi se sont terminées fort tard et la voix rauque de Sheila confirme qu’elle est très triste de ne pouvoir plus chanter ce soir… mais annonce sa tournée.

La première tournée de Sheila depuis 1964 va la conduire dans les plus grandes villes de France et des pays limitrophes, un retour que Sheila attend depuis plus de vingt ans, ce périple doit la mener jusqu’en 1986 sur les routes. Si le public n’est pas venu en masse à Paris, la province , elle, sera fidèle au rendez vous, se disent Sheila et son entourage…

Sheila n’a t-elle pas été pendant des années l’ambassadrice de la France qu’on dit profonde ? Là encore, la désillusion sera terrible, Sheila va chanter dans des salles à moitié vides ou pleines, c’est selon, des villes seront annulées. En Belgique, le  célèbre « Forest National » ne fera pas le plein, les quotidiens régionaux ne peuvent que constater les sièges vides…

Quelques échos recueillis dans la presse régionale, "La tribune de Genève" : "Public clairsemé certes, mais que de tendresse de la chanteuse pour son public ô combien expressif et reconnaissant",

pour "Le Progrès de Lyon" : "Sheila a construit un spectacle souvent drôle, quelquefois émouvant, toujours chaleureux (…) Enfin débarrassée de son étiquette de machine à vendre du disque, plus à l'aise dans les chansons rythmées que dans les mélodies lentes, elle se révèle être une bête de scène (…) hélas, le public ne suit pas, les fans l'abandonnent , mais qu'est-ce qu'il leur faut ?"

"Sud Ouest Bordeaux"
révèle que si l'on aborde le sujet des spectateurs peu nombreux, Sheila se met en rognes : "Les critiques, après avoir vu mon spectacle n'avaient rien à dire de méchant, alors ils se sont attaqués au nombre de places" (…) 1 500 spectateurs, le plus triste record de l'année en ces lieux de glace…

Sheila aura donc chanté à la patinoire de Bordeaux le 11 avril, au Palais des sports de Toulouse le 12, à Fleurance sous un chapiteau le 13, au Palais des sports de St- Etienne le 19, à l'espace Tony Garnier à Lyon le 20, au Théâtre de Beaulieu à Lausanne le 21, à Bruxelles au Forest National le 26 et le 27 à Lille au Palais St Sauveur…

Spectacle ramené à sa plus simple expression pour cette mini tournée, adieux les tours pharaoniques, le vaisseau spatial et l'aquarium, l'heure est à l'économie, l'équipe des danseurs, des choristes est restreinte, Sheila y gagne en intimité avec le public, mais ce qui s'est passé au Zénith n'a plus grand chose à voir…

La tournée d'été est annulée, la production Camus-Coullier ne pouvait plus se permettre de perdre de l'argent, cependant le live du spectacle sort en avril en même temps que la tournée. Sheila avait déclaré qu'après le Zénith, elle était prête à toutes les folies, les envies, elle va devoir revoir sa copie.

 

Années 80
Chapitre 28

Comme souvent, Sheila fait le point dans certains magazines, là, tout le monde attendait ce bilan du Zénith, quelle allait être l'orientation de sa carrière maintenant ? C'est à Pierre Démeron de "Marie-Claire" que Sheila parle enfin, peu avant l'été. Contre toute attente, Sheila relativise son demi succès, pour elle, le plus important est d'avoir prouvé qu'elle était une artiste et que maintenant, après avoir "fait" le Zénith, plus rien ne lui ferait peur.

Elle confie ses projets de tournée d'été, d'automne et de nouvel album. La réalité est pourtant là, Sheila a décidé de quitter définitivement Claude Carrère. Le tandem à succès du show biz ne se parle plus, Sheila n'est plus seule dans sa vie, Yves Martin est le nouveau "fiancé" officiel et le restera. C'est lui qui va l'aider à enfin couper le cordon avec cet encombrant pygmalion.

L'album annoncé ne sortira plus chez Carrère. Cependant, un ultime 45 tours sort à la rentrée avec "Chanteur de funky" mais surtout "Annie" qui évoque la nouvelle vie de miss Chancel

"Qui pourra me donner des nouvelles d'Annie et ses tourments, comment va sa vie, que devient-elle ? je crois qu'elle aime vraiment"…

La boucle est bouclée, le tout premier super 45 tours s'appelait "Sheila", vingt trois ans plus tard, c'est en reprenant son prénom "Annie" que Sheila dit adieu à Carrère. Symbole ou coïncidence ? Toujours est-il que les deux anciens associés se quittent en mauvais termes…

Même si dix ans plus tard, on apprend qu'en fait, Sheila gardait un emploi chez son ancien producteur, puisqu'elle resta salariée encore dix ans comme conseillère artistique… Pour l'heure, l'année 1985 devait voir une Sheila triompher sur toutes les scènes, enfin reconnue par tous, le fait est que Sheila , en ce printemps voit ses beaux projets tomber à l'eau, elle décide de participer à une course de voitures à travers l'Amazonie "La transamazonienne" mais un appel inattendu va la retenir…

Raoul Ruiz réalisateur Chilien né en 1941 débarque à Paris en 1974 après avoir tourné quelques films dans son pays, notamment "La maleta" pour le plus connu. Il a écrit une centaine de pièces de théâtre. La France le découvre vraiment au début des années 80 et est considéré comme le Godard Chilien… Cet homme là est devant son poste de télé le 1er janvier de cette année et découvre Sheila dans "Grandeur nature", il tombe sous le charme et attend qu'elle soit libre pour lui proposer un rôle dans le remake de "L'île au trésor" qu'il tournera en éte.

Sheila, tout d'abord surprise, puis flattée reçoit cette proposition comme un signe ! La tournée est annulée, c'était pour mieux revenir au cinéma par la grande porte ! Depuis "Bang bang" ressorti confidentiellement en vidéo l'an dernier, le septième art la boudait, il est vrai que sa prestation de 1966 ne pouvait qu'aboutir à cela, les films d'idoles en général n'ont pas donné de grande carrière, excepté Jacques Dutronc, mais qui était arrivé juste après les yéyé… Johnny , malgré de nombreuses récidives n'a jamais vraiment percé, en 1985, pourtant il tourne avec le vrai Godard, tout comme Chantal Goya vingt ans avant lui !

Sheila va donc se lancer dans cette nouvelle aventure qui ne pouvait pas mieux tomber pour oublier ses soucis. Le tournage l'emmène au Sénégal, au Portugal, elle tourne en Anglais, l' Actor's studio va enfin pouvoir lui servir ! Elle fait connaissance de ses nombreux partenaires, tous plus ou moins illustres, ainsi le grand Martin Landau, connu pour avoir tourné dans "La corde" d'Alfred Hitchcock et les séries cultes "Mission impossible" et "Cosmos 1999", Vick Tayback, un acteur connu surtout pour avoir participé à toutes les séries les plus célèbres, telles "Love boat, Bewatched, Mc Gyver, Mannix". Il décédera en 1990.

On trouve dans cette distribution décidemment hétéroclite, le Français Jean-Pierre Léaud qui fut longtemps Antoine Doinel dans les films de François Truffaut, Anna Karina, encore une disciple de Godard, qui triompha dans "Une femme est une femme, Pierrot le fou, Cléo de cinq à sept" avant de devenir le temps d'un album l'égérie de Serge Gainsbourg avec notamment le cultissime "Sous le soleil exactement"

Reste le petit Melvil Poupaud que l'on verra beaucoup en photo avec Sheila, beaucoup croiront qu'il s'agit de Ludovic, étant sensiblement du même âge. Melvil qui campe le rôle de Jim Hawkins, qui a pour tante notre vedette (inter)nationale, un rôle rajouté par Ruiz, en effet, la tante du petit garçon n' existe pas dans le livre mais Sheila devait être dans la distribution ! 

Petit Poupaud deviendra grand et continuera à tourner beaucoup de films d'auteurs, comme ce "Conte d'été" de Rohmer en 1996, deux ans avant, il remportera le césar du meilleur espoir masculin. On le verra beaucoup : "La fille de quinze ans (Doillon), Elisa (Becker)…"

Comme on le voit, Sheila est très bien entourée dans ce film étrange, qu'elle qualifie volontiers d'intello, au risque de se faire reprendre par Philippe Gildas lui affirmant qu'il ne faut jamais dire ça !

Sheila passe son été en treillis, comme presque vingt ans avant, les médias commencent à s'échauffer, Sheila n'est pas peu fière de montrer une nouvelle facette de son talent. La rentrée s'annonce chargée, elle donne une longue interview au journal "Numéros un" qui l'a toujours soutenue, elle qualifie son passage au Zénith comme une "réussite totale" ne gardant que les moments de grâce et oubliant la lourde ardoise laissée derrière… Sa tournée minimaliste semble lui avoir plu davantage que l'immense salle :

"En Province, pas de décors, le spectacle était plus rock, enfin libérée (…) je me suis retrouvée à traîner par terre aux pieds de mon saxophoniste en chantant "Mon p'tit loup", ce que je n'aurai pas osé faire au Zénith". Elle parle de ce nouvel album qui sera écrit par les musiciens ayant joué au Zénith, des chansons qui bougent… Sheila continue en déclamant son amour pour le chant "J'aime chanter, c'est mon ultime besoin, c'est complètement vital pour moi" et en osant "J'ai une crédibilité comme peu en ont aujourd'hui (…) quand on est dans ce métier depuis longtemps, on est complètement crédible…"

Concernant le cinéma, elle se défend d'avoir dit avoir tourné ce film pour montrer à son fils qu'elle n'était pas une ringarde : "Que tous les ringards de la terre fassent de leur vie ce que j'ai fait de la mienne, je n'ai aucun message à faire passer, je suis MOI !"

Peut-être, mais Sheila se voile la face ou ne s'est pas remise en question ou encore ne veut l'admettre, elle vient de subir le pire échec qui soit, ses ventes d'albums ne suivent plus, elle se sépare avec fracas de Carrère et son dernier disque ne marche pas, elle ne dit rien de cette tournée inachevée, de cet album qui ne verra pas le jour, puisque la voilà à la recherche d'une maison de disques…

En attendant, elle donne le change et participe à bon nombre d'émissions où elle apparaît à des années lumières de la star de "Grandeur nature", le nouveau look de Sheila se résume à une grande chemise à carreaux style campagnard, un jean et une paire de baskets…

Peu coiffée, peu maquillée, lorsqu'elle vient pour la première fois faire la promo de son "Chanteur de funky" le 11 octobre dans le "Jeu de la vérité" de Dalida, qui à l'opposé de son amie, s'est surmaquillée, surpailletée… Les fans sont déçus, Gaultier est bien loin… En ce qui concerne l'émission de Patrick Sabatier, Sheila avait donné son accord pour le 5 février 1985 ; puis pour avoir regardé certaines émissions ; la chanteuse s'est ravisée, ne voulant pas se faire démolir avant le Zénith ! Chantal Goya en saura quelque chose quelques semaines plus tard…

Parallèlement au disque, Sheila commence également la promo de "L'île au trésor", les fans sont impatients de retrouver sur grand écran leur idole… La sortie du film est prévue pour le début du printemps puis finalement sera présenté à Cannes. Le retour, après vingt ans d'absence là aussi, Sheila sur la croisette, montant les marches aux cotés de Raoul Ruiz, Anna Karina, Jean-Pierre Léaud, ç'aura de la gueule…

Hélas, le film semble maudit, à la fin de l'année 1985, alors que la promo du "Chanteur de funky" s'achève et qu'elle entame celle de "La chanson de la vie" avec ses copines, "Treasure islands" le titre original n'est toujours pas achevé…

L'année 1986 est bien entamée lorsque l'on voit de grandes photos de Sheila dans les vitrines de magasins de laine et de prêt-à-porter portant des pulls Italiens de la collection Elio Sormani.

Après la scène, le cinéma, voilà le temps de "La boutique Sheila" le retour ? Deux prestations télévisées, l'une pour RTL et son copain Fabrice pour une émission-jeu consacrée à l'astrologie, où Françoise Hardy lui révèle son thème astral et où un voyant lui annonce qu'elle n'arrêtera jamais la chanson mais sera aussi connue plus tard pour une cause tout à fait différente… et une participation en direct pour "La chanson de la vie" chez Drucker, cette fameuse émission très recherchée car ce soir là, le 15 mars 1986 à la veille de la première cohabitation entre la droite et la gauche, un mois avant la fuite de Tchernobyl, un autre événement secouait la France, la présence d'une Mylène Farmer Jeanne Massisée, coupe de champagne à la main, au milieu de chanteuses dont certaines avaient l'air de faire un concours à savoir laquelle hurlerait le plus fort (compétition serrée entre Julie Piétri, Nicole Croisille, Nicoletta, Vivian Reed) et en route pour une gloire ininterrompue depuis !

Le "revival" des sixties a vraiment commencé au début des années 80, cinq ans après, bon nombre d'émissions nostalgiques fleurissent sur les chaînes, d'autant plus que deux petites nouvelles arrivent.

La 5 présidée par Silvio Berlusconi qui va débaucher quelques animateurs qui iront perdre de leur crédibilité dans cette chaîne Italienne vulgaire avec pour ambassadrice Amanda Lear, c'est dire ! Les Sabatier, Sebastien, Collaro et autres Gillot-pétré y laisseront quelques plumes. La 5 disparaîtra en 1992, seul point positif, la rediffusion d'archives très rares de variétés, bien avant "Canal Jimmy" ou maintenant "Télé mélody", à l'époque, revoir Sheila se faire couper les couettes, répondre a ses lettres de fans ou nous redonner du soleil en paillettes était assez rare…

TV6 apparaît aussi vite qu'elle disparaîtra, le temps de donner naissance à une nouvelle star télé : Jean-Luc Delarue… Quelques archives furent utilisées également, Tv6 sera vite remplacée en 1987 par M6 qui aura beaucoup de succès, de nombreuses émissions de variétés auront lieu en direct, de jeunes animateurs y feront leurs armes, Nagui, Laurent Boyer, l'ami d'Alice Dona…

La chaîne coproduira également des clips, Sheila aura la chance dès l'année 1988 de pouvoir en bénéficier et d'y passer très souvent. En attendant, Sheila accepte tout ce qu'on lui propose ou presque, après la pub des pulls Italiens, la station Sud radio l'invite à présenter avec l'animateur Eric James, une série sur les années 60 intitulée tout simplement "Le temps des copains"

Elle enregistre dans les studios à Toulouse (le quartier général de Sud radio) six émissions en une après-midi. Sheila et James seront complices pendant six mois, le temps pour elle de négocier avec les maisons de disques, car la tâche apparaît vraiment plus délicate qu'elle l'avait prévu, les différentes entrevues n'aboutissent pas, Sheila s'estime déjà assez flouée pendant plus de vingt ans, elle ne veut pas se laisser faire et d'âpres discussions s'ensuivent.

Polydor
a failli la signer, mais au dernier moment, a préféré renoncer devant les désirs de la vedette. Sheila ne doute pas encore de son potentiel mais les réticences auxquelles elle doit faire face sont grandes, et Sheila va devoir encore patienter et avaler quelques couleuvres…

La première est de taille, son film produit par "Les films du passage" ne sortira pas pour Cannes, elle ne remontera donc pas les marches cette année, d'ailleurs le film , en cours de montage, n'est toujours pas achevé et Raoul Ruiz travaille sur d'autres projets et a déjà pas moins de cinq films en chantier…

Déçue, Sheila profite un peu de son nouveau fiancé et de Ludovic, la famille recomposée voyage beaucoup de l'île Maurice, son nouvel Eldorado, son refuge , et l'Allemagne où Sheila rend visite à son amie Lydia, très malade et qui finira par s'éteindre des suites d'une longue maladie, selon la formule malheureusement consacrée.

Un titre fait un malheur au "Top 50" en ce printemps 1986, il s'agit de la princesse Stéphanie de Monaco qui s'est prise de passion pour la chanson et a enregistré chez Carrère le fameux "Ouragan" composé par Romano Musumara à l'origine du succès de la nouvelle idole Jeanne Mas… Celle-ci a refusé la chanson, voulant (déjà) évoluer, cela lui sera fatal… Le titre s'est promené un peu partout et a atterri chez Carrère qui l'a proposé à son ancienne partenaire, celle-ci a refusé : "j'aurais mis dix ans a m'en remettre…" , d'autres morceaux qui firent des tubes lui furent proposés, "L'amour en héritage" la chanson du feuilleton du même nom, Nana Mouskouri en fera un grand succès pour sa carrière, "Self control" version Française, qu'elle interprétera finalement plus de quinze ans plus tard, "Live is life" du groupe Opus, numéro un du Top et repris en générique pour "Intervilles"… La chanson beauf par excellence, une sorte de "Et ne la ramène pas"… Sheila refuse toute adaptation, elle veut continuer dans la qualité de ces deux derniers albums et on ne peut que lui donner raison, même si "Chanteur de funky" contredit un peu tout cela…

L'année 1986 est donc une très mauvaise année, la première où la chanteuse ne sortira aucun disque, où la presse va se délecter à la démolir par plusieurs coups bas, depuis 1983 pourtant, il y avait eu une sorte de rédemption mais cela valait surtout pour des journaux qui n'avaient jamais auparavant ouvert leurs colonnes à la vedette, la presse dite de "caniveau" quant à elle, ne l'a pas lâchée d'autant plus que son idylle avec le beau Carlos était du pain béni.

La presse des ados a juste évoqué le Zénith, à quarante ans, Sheila ne fait plus partie des idoles de la jeunesse et elle le sait. Une foule de nouvelles chanteuses débarquent au Top 50, qui sera la nouvelle Sheila, la nouvelle Sylvie ou Françoise ? Jeanne Mas est bien partie, avec son "En rouge et noir" elle est la star féminine incontestée, on redécouvre Julie Piétri qui a gagné un patronyme et fait un premier et unique numéro 1 avec "Eve léve toi", et derrière les "Bêtises" de Sabine Paturel, les "Boules de flipper" de Corinne Charby, "Vivre ailleurs" de Jackie Quartz, le "Toi mon toit" d'Elli Medeiros, l'hyper tube de Lio "Les brunes comptent pas pour des prunes", le "Voyage voyage" de Désireless, il y a foule ! et Mylène Farmer va rafler la mise avec sa "Libertine" !

Sheila sans maison de disques, voilà qui n'est pas banal, Yves Martin s'en souviendra "On ne quitte pas Carrère impunément"… Beaucoup de gens du métier lui doivent beaucoup, et s'en souviennent, Sheila a tué le père et ça on ne lui pardonnera pas. Philippe Bouvard écrit dans "France soir" que la chanteuse a fait le vide autour d'elle, mal informé, le journaliste parle de nouveaux producteurs Italiens qui lui concocterait un nouveau répertoire écartant Yves Martin… Ce qui est on ne peut plus faux, le récent succès d'Ouragan par la princesse de Monaco fait que beaucoup d'ouvrages paraissent et dans l'un d'eux, l'auteur de "Il était une fois Stéphanie de Monaco" paru aux éditions Alison enfonce le clou en narrant toute l'histoire de cet "Ouragan" :

"Jeanne Mas forte de ses nouvelles chansons et de son talent incontestable s'est permis de refuser la chanson, arrivé dans les mains de Claude Carrère, celui ci a pensé qu'il serait un bon remède pour sortir Sheila de son gouffre… Pourquoi chanter un rejet de Jeanne Mas, elle se permit de refuser la chanson"…

Camus commence à s'épancher sur ses soucis financiers et précise que ses trois grands échecs sont féminins : "Dans ces histoires, on m'a pris pour un banquier… c'est inacceptable, Annie Girardot, Sylvie Vartan, Sheila : trois bides retentissants, le spectacle de Sheila a perdu 7 millions et demi de francs lourds et je n'ai pas encore épongé ce désastre financier…" et le summum de la méchanceté gratuite revient à un certain Richard Benoît pour le compte d'Ici Paris qui titre "Sheila au chômage ! " avec un tissu de mensonges éhontés, Jamais encore, ce journal n'avait été aussi loin dans la descente en flammes d'un artiste, artiste qui a assuré pendant vingt ans les gros titres et les ventes décuplées à chaque nouvelle une ! 

Un autre journal, "Ampli" créé par des fans dont un certain Jean-Pierre Pasqualini devenu depuis un ponte dans l'univers de la presse et des médias, monte au créneau et enquête sur les motivations du "torchon", il s'avère que Richard Benoît est en réalité l'attaché de presse de France Gall, un certain Grégoire Collard… Les motivations du monsieur restent inconnues, mais l'article a fait beaucoup de mal, ce qui était le but assurément…Cela n'empêche pas Sheila de garder la tête haute et de signer chez Phonogram, autrement dit Philips, un retour aux sources, avec… Jean-Claude Camus, finalement bien peu rancunier chez son label "Zoé productions".

Sheila travaillera avec la fille du producteur, Isabelle qui sera son attachée de presse avant de devenir beaucoup plus tard l'heureuse productrice de la série "Un gars, une fille" et d'épouser Yannick Noah. Camus est bien conscient que Sheila ne peut être tenue responsable de l'échec du Zénith, il le précise encore : "On a raconté les pires choses sur Sheila au Zénith, mais ce n'est pas un échec à mon avis, juste une erreur de tir, le Zénith, il ne fallait pas s'y risquer, par contre, l'Olympia aurait été bourré pendant trois semaines et demie et là on aurait parlé triomphe"…

Sheila est donc sauvée d'affaire, elle enregistre chez Jacques Loussier à Draguignan au studio "Miraval", une reprise d'un standard qu'elle a failli chanter en 1964 mais que … Frank Alamo et les Surfs ses premiers compagnons de tournée lui ont soufflé , "Be my baby" un immense tube des Ronettes devient pour eux "Reviens vite et oublie", Guy Mardel l'inoubliable créateur de "N'avoue jamais" le reprend également avec pour titre "Un arc et des flèches" et Sheila en fait une version assez tonique à la fois en Anglais et en Français sous le titre "Comme aujourd'hui" qui sort le 27 janvier 1987.

Avant cela, Sheila va se distinguer à nouveau dans la pub, cette fois, ce sont les laines "Bergère de France" qui lui proposent de chanter des adaptations de ses deux plus gros tubes : "L'école est finie" et "Les rois mages"cela donne : "Avec les laines Bergère de France, suivez des yeux, le fil de la mode, des réductions sur toutes les qualités de fil à tricoter, il faut en profiter…" ou encore "Une maille à l'endroit, une maille à l'envers, mais oui mais oui, l'e tricot est fini…" Les spots passeront de novembre au printemps 1987…

Une grosse surprise attend le public venu la voir, depuis la rentrée 1986, Sheila porte pour la première fois ses cheveux coupés très courts, une révolution qui n'est pas du goût de tout le monde… Chacun sait que les fans sont très attachés à une image, on se souvient du tollé général que provoqua quelques centimètres en moins à la longue chevelure de Dalida en 1983, Charles Aznavour disait :

"Les gens qui sont fidèles à leur image resteront, parce qu'ils utilisent bien leur talent, s'ils veulent changer, ils sont foutus d'avance"…

Dans ce cas, le grand artiste faisait allusion au changement de style de chansons, mais sa réflexion est tout aussi valable pour le look… Dans le cas de Sheila, on peut craindre le pire, elle, par contre n'a pas seulement changé de coiffure mais surtout de style musical… C'est pourquoi ce retour avec un titre aussi connu et populaire que "Comme aujourd'hui /Be my baby" a toutes les chances de marcher car prompt à rassurer le public et c'est ce qui arrive, malgré sa coupe ultra courte qui évoque un peu Madonna, le 45 tours entre au Top 50 comme meilleure entrée à la trente septième place, elle n'ira pas plus haut, mais Sheila new look sera invitée partout pour ce grand retour que tous célèbrent…

A commencer par le JT de 20 h sur TF1 qui la filme dans son Feucherolles, puis Patrick Sabatier lui offre son premier prime en direct et le 5 février, c'est une longue interview de Michel Denisot dans son "Zénith". Là, Sheila raconte tout le bien que lui a procuré cet arrêt d'un an et demie, qu'elle est prête à remonter sur scène… au Zénith !!!…Qu'elle vient de fermer un gros livre et qu'elle en entame un nouveau qui sera l'espère t elle tout aussi gros..

On la fête à nouveau, la voilà prête à reprendre les chemins des studios pour un album...

 

Années 80
Chapitre 29

Le 15 mars 1987, Sheila cause un choc au public lors de "L'école des fans" où elle apparaît relookée, les cheveux en "pétard" style Pierrette Brès. La même Pierrette qui lui adressa un joli message lors d'un "Zénith" sur Canal +, lui rappelant leurs débuts la même année, elle, jeune journaliste venant interviewer la star montante… sur un cheval ! Déjà… Pierrette qui , rappelons le, a quand même vu Jésus dans sa chambre à coucher… Cette coiffure reprise par Annie Cordy de nos jours, ne fera pas non plus que des émules, vivement la repousse…

Le dimanche 3 mai, une tragédie endeuille la France, Dalida met fin à ses jours, Sheila interrompt ses vacances pour rendre un dernier hommage à son amie, visiblement émue, on la voit sur RTL TV en larmes : "tout le monde va la trouver merveilleuse, maintenant, mais c'est avant qu'il fallait lui dire ! " , le lendemain chez Christophe Dechavanne, Sheila bien que superbement bronzée, ne peut retenir ses larmes en chantant "Emmenez moi" Une page se tourne à nouveau, neuf années après Cloclo, Sheila comptera ses amis sur les doigts d'une main et elle n'est pas au bout de ses surprises…

"Comme aujourd'hui" bénéficie d'un pressage en maxi 45 tours. Fabrice et sa "Valise RTL " l'invitent souvent, elle anime comme beaucoup d'autres artistes, l'émission "Chanson passion" sur RMC et renoue ainsi avec la radio.

Maintenant, Sheila tient ses comptes à jour, et elle entend bien réclamer son dû à Claude Carrère, depuis sa rupture avec son producteur, Sheila ne laisse plus rien passer, elle a découvert l'étendue de ce qu'on lui doit, et entame un procès contre son ancien pygmalion, "France soir" laisse entendre que le dossier pèse vingt kilos, pourtant, tout se réglera à l'amiable autour d'une table, les deux parties ayant trouvé un accord semble-t-il satisfaisant pour tout le monde.

Alain Dubar, fan de chez fan, journaliste, à l'idée d'une interview réalisée à Feucherolles et qui sera ensuite commercialisée pour le fan club. La chanteuse le reçoit pendant l'été 1987, la cassette sera éditée pour l'automne et vendue parralèlement. Seront inclues des images de la dernière du Zénith le 17 mars 1985, fort mal filmées en amateur au caméscope… Seul point positif, l'exclusivité d'un titre extrait du futur album, "On sait pas s'aimer" qui a tout d'une grande chanson…

Alors que début octobre sort le nouveau 45 tours insipide "C'est ma vie" écrit par Alain Garcia et Yves Martin, la nouvelle tombe, Sheila a été victime d'une péritonite consécutive à l'éclatement d'une trompe, elle a échappé à la septicémie par miracle et est restée trois jours entre la vie et la mort…

C'est au retour de la fête des vendanges de Montmartre dont elle est la marraine et invitée d'honneur aux cotés d'Alain Juppé que Sheila a ressenti de violentes douleurs qui l'ont mises K-O immédiatement… Seuls quelques petits communiqués laconiques feront état de cet épisode, Canal + sera la seule chaîne à annoncer la nouvelle… Bien sûr, les "France dimanche" & Co en feront leurs choux gras…

Pensez, la même année, perdre Dalida et Sheila… pourtant, elle va s'en remettre, dix kilos de moins, recroquevillée, "on aurait cru ma grand-mère" plaisantera-t-elle plus tard ! Où est donc la pétillante artiste qui triomphait de tout ? Voilà que la maladie s'en mêle à présent…

Cette hospitalisation sera déterminante pour sa vie et donc sa carrière… Elle va se rendre compte que peu de gens du show bizness l'ont appelée, Claude Carrère ne s'est même pas manifesté, les seuls soutiens furent sa famille proche évidemment mais aussi le public, son public, restreint maintenant mais suffisant pour l'aider à se battre. Plus tard, Sheila se souviendra qu'elle a fait sa première NDE (near death experience) lors de son coma…

Ainsi, Jean-Pierre Foucault, le sémillant animateur de "L'académie des neuf" et des émissions sur RMC, prend du galon, il présente chaque mercredi un show en prime-time qui obtient des scores vertigineux, c'est la fameuse "Sacrée soirée" où les vedettes reçoivent des surprises en direct ! Sheila, après un retour à Nancy le 2 décembre pour Fabrice et son "Casino parade" où les fans se sont déplacés en masse pour fêter son retour à la vie, se voit inviter ce soir là à converser au téléphone avec une actrice qu'elle admire depuis toujours : Shirley Mc Laine, encore plus depuis que cette dernière elle a confessé dans son livre "Miroir secret" les détails de ses vies antérieures !

Hélas, les faisceaux n'arriveront pas à se connecter convenablement ce soir là et la rencontre ne se fera pas, on découvre une Sheila toute émue parce que son idole s'est déplacée pour elle ! A ce moment, Sheila est amaigrie et visiblement pas en forme…

Malgré tout, Sheila fera une promo fatigante, quelques télés supprimées, d'autres dispensables… l'année 1988 démarre fort mal, TF1 lui propose d'animer des émissions, encore trop faible et peu motivée pour ce genre d'exercice à plein temps, elle décline l'offre et se repose quelques mois. Le 27 mai, Patrick Sabatier l'invite alors qu'elle n'a aucune actualité pour la spéciale fête des mères autour de Chantal Lauby des Nuls, de Marlène Jobert et de Marie-Laure Augry. Elle annonce travailler sur un album, celui-ci devient l'arlésienne…

Quant au film "L'île au trésor" plus personne n'en parle. Alors que ses consœurs voient leurs titres réédités en compact-disc, la chanteuse fait blocage pour empêcher la sortie des siens, quels que peuvent être ses griefs contre le détenteur du catalogue, c'est à dire Carrère, qui est puni ? les fans encore et toujours…

Elle donne son avis (enthousiaste) au micro de RTL concernant le méga show donné au Parc des princes par l'idole Michaël Jackson, il faut dire que Jean-Claude Camus organisait la soirée tout comme celle de Madonna en 1987… L'été se passe à travailler sérieusement sur le futur album dont la sortie est annoncée pour octobre.

"Pour te retrouver" sera le premier extrait de l’album "Tendances". Si musicalement, on est déjà loin de la qualité des deux précédents, globalement, ce nouvel opus est assez réussi. Enregistré avec un studio mobile dans les sous-sols de Feucherolles, on y retrouve les signatures des frères Martin.

Yves a demandé à des auteurs d’horizons différents d’écrire pour sa compagne, afin de diversifier et d’élargir le répertoire, quelques uns ont répondu présents, Didier Barbelivien qui jusqu'à présent avait travaillé pour pratiquement tout le gratin sauf Sheila répare cet oubli en offrant "Le tam tam du vent" qui ouvre l’album, même si les paroles sont faciles, la mélodie est accrocheuse, l’animateur vedette Julien Lepers qui a beaucoup côtoyé la vedette pendant les années 70 lors de ses émissions radio écrit une jolie chanson hommage au commandant Cousteau : "Le vieil homme et la mer", on se souvient que Julien a relancé Herbert Léonard avec "Pour le plaisir" en 1981 et va devenir une institution avec ses "Questions pour un champion" chaque soir sur FR3.

Jacques Cardona
et Luc Plamendon avaient dans leurs tiroirs "Donnant donnant", déjà proposée à Marie Myriam qui ne l’avait pas enregistrée pour son album retour "Tout est pardonné", c’est donc Sheila qui hérite de ce titre plutôt réussi, Cardona est aussi à l’origine du succès du groupe Toulousain "Gold".

Jean-Paul Dréau, auteur fort célèbre pour avoir écrit "Tout doucement" pour Bibie en 1985 mais aussi le tube "J’veux d’la tendresse" à l’origine créé par Janic Prevost mais reprise par Elton John, propose "Fragile", Dréau raconte qu’il était assez dubitatif quant à l’interprétation qu’allait en faire Sheila, mais qu’il fut soufflé par ce qu’elle en a fait…

On trouve la signature de Dominique Blanc-Francard  (papa du chanteur Sinclair) qui avait réalisé "On dit" et "Je suis Comme toi". Il écrit une chanson pleine d’humour et de jeux de mots : "Mexico" avec un rythme qui pourrait faire penser à la Sheila à la voix gorgée de soleil des années « Santa Maria »… Le clou de l’album est peut-être "Monsieur Vincent" des frères Martin, un autre hommage à Vincent Van Gogh qui succède au "Cézanne peint"de France Gall…

On trouve des noms quelque peu insolites au crédit de quelques titres comme "Partir" , le titre préféré de la vedette, ou encore "Le Dieu de Murphy" un titre très Sardou sur la guerre d’Irlande, et "Okinawa" qui n’est autre que le fameux inédit proposé sur la cassette vidéo du club "New era" avec un autre texte que "On sait pas s’aimer"… Regrettable, car le sujet était autrement plus intéressant que celui proposé dans la nouvelle version, la musique a été modifiée, l’harmonica disparaît au profit d’une partition banale, mais qui sont donc ces Zeltov et Heiwell dont personne n’a jamais entendu parler… Bien qu’elle affirme qu’il ne s’agit pas d’eux, tout porte à croire qu’Yves a pris un pseudo, le journal "Ampli" révèle qu’après enquête , il s’agirait même de Sheila elle même qui ferait ses premières armes d’auteur…

Plus tard, alors qu’elle aura écrit trois livres, Sheila révèlera qu’elle est incapable d’écrire trois lignes pour une chanson, de plus, la chanson "On s’dit plus rien" sortie en 1992 est créditée de ces deux auteurs et en 1998 pour l’Olympia, c’est Yves Martin qui l’est pour la même chanson , donc le mystère semble résolu… Mais, la rentrée 1988 est chargée, Sheila est de toutes les émissions, Michel Denisot l’invite à se confier pendant une heure dans "Mon Zénith à moi", elle retrouve ses premiers musiciens "Les Guitares" lors d’une "Sacrée soirée" peu chaleureuse.

Nagui qui présente la première mouture de "Fréquenstar" fait sa connaissance et se déclare impressionné de la rencontrer, elle tourne avec Francie Camus, qui n’est pas de la famille de Jean-Claude, qui produit le disque, le clip de "Pour te retrouver" et sera "Clip des clips" sur M6, celui le plus diffusé pendant une semaine. A ce sujet, Sheila a fait remanier la fin du film, car en fait, les paroles de la chanson sont plutôt ambiguës, pour tout le monde, elle évoque son passé avec Ringo, alors qu’elle jure que c’est l’histoire de sa relation avec un certain monsieur Guinebert qui fut d’abord son kinésithérapeute avant d’être son confident, cet homme très sage d’un certain âge était une sorte de maître à penser et le réconfort d’une Annie perdue… Il disparaît en 1984 et cette chanson et son clip lui rendent hommage.

Le rythme et la mélodie se retiennent tout de suite, ainsi, le titre passe sur NRJ, et classé dans les dix meilleures ventes du magasin Nuggets, la première semaine mais ne franchira pas les portes du Top 50… Quant à l’album, les ventes finales n’atteindront pas les cinquante mille ! Autant dire que c’est un flop, malgré la qualité de l’ensemble et la promo intensive ! Sheila a toujours autant de mal à imposer sa nouvelle image, pourtant un réajustement a été élaboré, "Tendances" est à mi-chemin entre Carrère et Martin, mais cela n’a pas suffi… Sheila annonce pourtant son retour sur scène pour l’année prochaine, mais rien n’est signé.

Le fanzine "Salut les collectors" prend la suite d’ "Ampli" et toujours est dirigé par JPP qui avec une équipe fidèle finira par créer "Platine", l’un des rares magazines spécialisés dans la chanson Française… A la fin de l’année, le journal "New Era" cesse de paraître.

Début 1989, Sheila est l’invitée de Nana Mouskouri pour un duo d’enfer sur "Just a gigolo" de Louis Prima, son seul tube, mais quel tube ! Cela se passe à "Champs Elysées" où Sheila revient deux semaines plus tard annoncer son retour à l’Olympia pour le mois d’octobre. A cette occasion, Sheila interprète "Fragile" en direct d’une façon bouleversante, on retrouve la Sheila d’avant, celle qui fait vibrer son public.

Choisi comme second extrait de l’album, la promo de "Fragile" est vite abandonnée. La chanson n’est pas commerciale du tout, c’est une magnifique chanson d’album, une des plus belles dans un répertoire… "Partir" beaucoup plus rythmée succède avec en prime, une version vraiment réussie sur maxi 45 tours, mais sans succès non plus. La promo est intensive, Sheila, invitée par Patrick Sébastien se parodie elle même dans une nouvelle version de "Première surprise partie" où elle montre qu’elle a beaucoup d'humour… Tant dans le look, elle a réajusté les couettes et enfilé à nouveau sa jupe écossaise, que dans les paroles réécrites pour l’occasion… Elle est de toutes les émissions, sauf… Guy Lux et sa "Classe", Sheila semble ne pas lui pardonner d’avoir été un très bon ami à Carrère…

L’été est studieux, cette fois ce sont les grandes répétitions. La presse de caniveau soutient maintenant qu’elle fera l’Olympia grâce à un mystérieux gourou qui lui a redonné le goût de vivre, qu’elle se rend chez une voyante toutes les semaines, après avoir voulu la voir à terre, ils veulent la voir avec un entonnoir sur la tête !

Le 28 août, quelques jours après son quarante quatrième anniversaire, sort son dernier 45 tours avant longtemps "Le tam tam du vent" avec une nouvelle orchestration plus musclée, qui dit-on ne fut pas du goût de l’auteur Didier Barbelivien, qu’à cela ne tienne, Sheila opère une rentrée en fanfare, elle se déguise chez Collaro en geisha ; dix huit ans après sa première tentative chez Mick Michel ! ; en marquise des anges…

Deux grandes télés retiendront l’attention du public, son "Fréquenstar" façon "Discorama" dans lequel elle se livre à Laurent Boyer.

C’est Jean-Claude Camus qui produit le spectacle de l’Olympia qui débute le 3 octobre pour s’achever le 15, cette fois ci, la prudence est de mise. "Champs Elysées" l’accueille une ultime fois en vedette, au programme, trois duos, elle retrouve son amie Françoise Hardy pour un vieux rock en perfecto et casquette : "That' ll be a day " de Buddy Holly, que la Françoise Hardy avait déjà chanté sur vinyle. Un copain de longue date la rejoint pour "Les uns contre les autres", c’est Michel Delpech, qui lui aussi revient de loin, et Gilbert Montagné lui fera l’amitié d’interpréter avec elle "Emmenez moi", un moment fort émouvant. Sheila a repris ses kilos perdus, les cheveux ont repris une belle coupe, plus blonde, très belle, la grande Sheila est de retour.

M6 coproduit l’Olympia et le clip du "Tam tam du vent" qui sert de support, le clip n’est guère inventif, mais passe beaucoup, de fait, ce titre sera le seul de l’album à figurer dans le "Top 50" pour trois petites semaines. Un top 50 que la chanteuse fustige dans chaque interview…

Françoise Chandernagor
, journaliste spécialisée dans la politique la rencontre pour son dernier article dans "Jours de France" et sympathisent d’emblée, quelques réflexions douces amères sur le métier sont échangées :

«Tant qu’on est au sommet, les gens du métier vous adorent, quand on s’en prend plein la gueule, ils ne vous connaissent plus, j’ai maintenant constitué mon cercle, il n’y a personne du métier »...

la grande journaliste s’interroge alors :

Quelles sont les chances d’un retour de la jeune fille modèle des années d’or ? Pas si faibles que les apparences le donnent à penser (…) dans la série des "come back", pourquoi pas Sheila ? (…) le soir au dîner, mes enfants m’interrogent sur la chanteuse que j’ai rencontrée : ses succès, ses débuts de jeune vedette… en somme, conclut l’aîné, cette Sheila , c’était un phénomène du genre Vanessa Paradis ? Je hoche la tête, j’ai bien du mal à m’imaginer la nymphette de "Joe le taxi" avec vingt cinq ans de plus… Si depuis toujours, le petit chaperon rouge finit dans la gueule du loup, c’est que personne ne la voit en mère-grand… mais Sheila ? Sheila ? elle, ne croit pas que le loup la mangera…

Excellent article résumant là, la Sheila actuelle… Celle qui va devenir de plus en plus la paria du show biz, "Voici" le dernier né de la presse à scandales, reléguant définitivement aux antiquités les "Ici Paris" et autres "France dimanche", "Franche démence" comme dirait l’autre… donc, ce "Voici" titre en une : « Sheila est la tête de turc du show biz depuis 25 ans » agrémenté d’un article assez désespérant"… 

"Paroles et musiques"
un nouveau journal très éclectique dans ses programmations, après l’avoir classée dans les chanteurs à polémiques au printemps dernier, lui consacre un bel article écrit par le fidèle Didier Varrod "Identification d’une femme" :

"Osez regarder Sheila, son visage n’est plus tout à fait le même, le temps a fait son travail, impitoyable, si bien fait qu’aujourd’hui Sheila est belle, sans artifices et dégageant cette intelligence vraie, celle des femmes meurtries mais irrésistiblement vivante !"

"Télérama
" sous la plume de Dominique-Louise Pelegrin titre carrément "Lâchez la, Sheila !"  et reprend quelques déclarations et autres papiers parus tout au long de sa longue carrière, et quelques bribes actuelles : "Tout aujourd’hui me paraît futile, dérisoire, la philosophie que j’ai adoptée est celle du sourire (…) si je disparais des bacs à disque, ça fera de la peine aux gens que j’ai touchés, mais ça ne sera pas dramatique" Pelegrin conclue : "Elle est vraiment bien, Sheila ? "

Le 3 octobre, un mardi, c’est la première, le public est ravi de retrouver la chanteuse, on est loin du gigantisme du Zénith, ici, plus de vaisseau spatial et de tours imprenables, place à la sobriété, n’empêche, il règne une atmosphère moins électrique, moins de places, mais un endroit mythique et plus prestigieux au final que cette salle démesurée et sans âme que le Zénith…

Sheila épaulée par Jean-Claude Camus et Yves Martin va donner une série de concerts sans surprise, du moins dans les chansons. Elle annonce elle même sa première partie, l’imitateur Christian Briand, pour cela, elle arrive devant le rideau, vêtue de son peignoir blanc et de sa serviette sur la tête, accueillie par les cris des fans qui ne s’attendaient sûrement pas à une telle entrée… Les cris et les applaudissements redoublent quand elle refait son apparition, pour lancer son show, habillée d’une petite jupette sixties, les cheveux relevés en chignon savamment décoiffé pour entonner "Vous les copains" dans un décor évoquant les sixties avec les noms de ses anciens camarades de promo écrits sur les murs, si le public exulte, il y aura quand même un peu de déception, toute la moitié de son tour de chant est consacré aux tubes des années soixante, de la "Jolie petite Sheila" en passant par "Bang bang", l’inévitable "L’école est finie" pour terminer sur sa reprise de "Be my baby" moitié en français moitié en anglais. La bonne surprise sera le couplage de "Ecoute ce disque » avec un titre de Paul Anka "Put your head on my shoulder" et la reprise de "Just a gigolo" répété en début d’année avec Nana Mouskouri. Là, elle nous offrira une version encore plus pêchue avec les seuls pas de danse de cette partie…

La seconde partie fait place à une Sheila étonnamment sobre, en noir et blanc, qui fera la part belle aux chansons du dernier album, excepté "Fragile" bizarrement oubliée… De la période Carrère, seule "Gloria" qui d’ailleurs clôture le concert avec l’unique chorégraphie "zen" de Sheila avec Jamie Costa qui la rejoint exceptionnellement. "Spacer" est le seul vestige de la période disco, interprétée sans chorégraphie, une version bien pâlichonne…

Rappels, un Olympia en délire, comme il se doit et soudain, Sheila réapparaît, en jean et T shirt blanc, le visage grave, elle s’avance, prend le micro et s’adresse aux deux mille personnes qui scandent son nom :

"Il y a deux choses difficiles à dire dans la vie, c’est je t’aime et je pars, ceci est mon dernier spectacle, j’ai toujours voulu finir sur un rideau rouge, sachez avant tout que je vous aime… très fort"…

Le public tout d’abord ne comprend pas, il reste stupéfait et abasourdi, "mon dernier spectacle"… elle ne chante pas demain soir ? mais avec la chanson qu’elle va tenter d’interpréter, tout le monde comprend… Elle a choisi Verlaine et Gainsbourg : "Je suis venue te dire que je m’en vais", ça y est, le message est passé, Sheila abandonne la scène, ce spectacle est celui de ses adieux…

Dès le lendemain, cette nouvelle éclipse tout le reste, c’est le gros titre des journaux télévisés, des unes des quotidiens, elle apparaît au "13 H" et explique qu’elle a donné vingt sept ans de sa vie à la chanson et qu’elle aimerait maintenant passer à autre chose, elle restera en contact avec les gens mais cela ne passera plus par le biais de la chanson…

Le mercredi soir, Jean-Pierre Foucault l’invite pour s’exprimer, là elle s’y présente radieuse, expliquant qu’elle prenait sa retraite, que c’était de son âge, mais qu’elle était bien à l’Olympia jusqu’au 15 octobre…Beaucoup penseront à un effet pour booster les places, mais cette fois ci, l’Olympia était quasiment complet chaque soir, ce n’était donc pas un coup de pub qui, aurait été bien maladroit… Quelques amis viendront l’applaudir, Sylvie Vartan notamment, qui la rejoindra dans la loge, alors que Sheila était "défaite", Sylvie lui conseillera de bien réfléchir… La blonde ne dira t-elle pas qu’il n’y a rien de plus pathétique que de faire ses adieux et de revenir après ?

Les compagnons de la chanson en 1973 ; mais qui firent une tournée de sept ans ! ; Brel en 1966, Barbara en 1974, Cloclo la même année ont fait leurs adieux , hormis Brel qui n’avait jamais refait de scène, mais du disque, ils étaient tous revenus…

Même le grand Charles Trenet les fit deux fois, Trenet qui lança à la chanteuse un appel dans "Télé sept jours" :

"Sheila fait une erreur de s’arrêter, elle est arrivée à un âge où elle peut chanter des choses mâtures, je suis prêt à lui écrire une chanson si elle revient sur sa décision"…

Mais même l’appel de Charles ne la fera pas changer d’avis, pourtant cela était tentant, le 15 octobre, le soir de la dernière est d’une tristesse infinie, Guy Job filmera le concert et les adieux de Sheila que les fans ne voulaient pas voir partir et de mèche avec les musiciens, sortirent un papier où de nouvelles paroles avaient été écrites pour elle sur l’air de "Je suis venue te dire que je m’en vais" :

"On est venu te dire que l’on t’aimait et que malgré tes adieux, rien ne changerait
…"

Evidemment, cette preuve d’amour ajoutée aux roses blanches offertes à la fin, une rose par mois de carrière, la chanteuse craqua… Ses larmes furent largement reprises dans les journaux télévisés du soir, Jean-Claude Brialy invité dans le JT de Guillaume Durand sur La 5 commenta les images :

"Je trouve cela très triste, elle a tort, elle a eu tellement de mal à pouvoir faire de la scène, maintenant le public lui dit oui et elle, elle s’arrête…"

Beaucoup ne comprennent pas, par contre, sa mère sur M6 dit ne pas être étonnée :

"Elle a trop subi, on lui a fait trop de mal, elle en a marre.. »

Les médias en général de tous bords lui reconnaissent beaucoup de courage et d’intelligence pour conclure une carrière qui, certes, commençait à décliner mais qui aurait pu durer encore quelques belles années…

Alors, le pourquoi ? La vraie raison de ces adieux inattendus ? Sheila jure que ce n’est en aucun cas, un coup de tête mais que c’est une décision mûrement réfléchie, plus tard elle confiera qu’Yves Martin n’était pas d’accord, qu’il aurait mieux valu une retraite discrète et non un effet choc ! Les ventes décevantes de ses derniers albums, pourtant d’une autre qualité que les titres qui l’avaient rendue célèbre, mais qui attestaient que le grand public n’avait pas accepté son évolution,  l’échec de son Zénith dont elle subissait encore les suites, le métier qui a tellement changé et puis le fait que pour faire un nouvel album, il lui fallait maintenant passer devant un panel pour savoir si elle "pourrait frissonner au top 50" et ça, Sheila, presque trente ans de carrière, elle ne pouvait décemment pas l’accepter !

Le live et l’unique spectacle filmé sortent en même temps peu avant les fêtes, aucune promo n’est faite, bien sûr, Sheila a tiré sa révérence pour la chanson, d’autres projets l’attendent, elle aurait commencé à rédiger ses souvenirs, réfléchi à une pièce de théâtre, attend des appels pour le cinéma et aussi, si des copines l’invitent pour un duo, elle ne dira pas non, seulement, il faudra exhumer Claude François pour que cela puisse se faire !

Comme rien ne se précise, Sheila s’occupe donc des deux hommes de sa vie, de ses parents qui commencent à avoir quelques soucis de santé et parallèlement à l’écriture de son livre, elle se met à toucher la terre, elle était douée pour le fusain, elle le sera pour la sculpture.

Une nouvelle passion est en train de naître, Nicole Buisson, sculpteur de son état entend un jour parler Sheila de son nouveau passe temps et l’appelle pour lui demander si elle accepterait ses conseils. Les deux femmes vont sympathiser et créer leur première œuvre commune "Mnémosyne" vendue à l’hôtel Drouot sous le nom Chancel-Buisson pour une belle somme. Cette collaboration durera un an, elle sera profitable à la vedette qui réalisera de belles pièces par la suite...

 



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