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Paris 13ème/Marseille 13ème
Le 20 février 2014 - Entretien avec Jean-Marie Périer - Reportage et interview
par Eric et Fred




 


Jean-Marie Périer le photographe qui a fait rêver toute une génération, celui qui a connu les années sixties, auteur à succès de deux formidables livres récapitulant la richesse de cette période. En 2010, il livre un document exceptionnel basé sur des témoignages dans l'ouvrage ''Casse-Toi'' et part à la rencontre des adolescents jetés à la rue par leurs parents lorsqu'ils découvrent l'homosexualité de leurs fils ou de leurs filles.

Ces dernières années, il s'est investi dans l'association ''Le Refuge" dont nous parlons dans notre rubrique "Surfin' Sheila" dans ''Coup de projecteur''. Il a souvent cotoyé Sheila au cours de son parcours professionnel et lui voue une profonde et sincère amitié, il en parle souvent dans les émissions de télévision…

C'est avec intérêt que nous avons souhaité nous entretenir avec Jean-Marie et c'est tout naturellement qu'il a accepté de répondre à nos questions, entre nostalgie et tendresse…


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(c) Jean-Marie Périer/Photo12





1) Bonjour Jean-Marie, quel plaisir de vous rencontrer, sans être trop indiscret, pourriez-vous en quelques lignes nous raconter votre parcours ?

En 1956, comme je ne faisais rien en classe, mon père, François Périer, m'avait emmené pendant deux mois sur le tournage des « Nuits de Cabiria » de Fellini à Rome. Ne sachant pas quoi faire de moi à la rentrée, il demandait à tout le monde: « Qu'est-ce que je vais faire de ce grand con ? ».

C'est là qu'un ami journaliste lui a dit: « Quand on ne sait pas quoi faire de son fils, on le met à Paris-Match ! ». De retour à Paris, il m'a présenté à un photographe, coup de chance, c'était Daniel Filipacchi. En 5 secondes il m'a engagé comme assistant, j'avais 16 ans, vous connaissez la suite…

 

2) A quand remonte votre première rencontre avec Sheila ?


En 1963 je crois, SLC était un gros succès et le choix des artistes à mettre dans le journal était issu de l'émission « Salut Les Copains » que Filipacchi présentait tous les jours à 17h. J'ai vu arriver Sheila dans mon studio précédée de son producteur Claude Carrère. C'était une gamine avec un drôle de look.

La première photo que j'ai fait d'elle, on la voyait essayer sa première cigarette (!!!). Carrère s'était placé derrière moi et il parlait sans cesse à Sheila en lui donnant des conseils : « Souris Sheila, jeune, jeune, sois jeune ! etc… » C'était assez gênant. Ce furent mes premiers échanges de regards de connivence avec elle. On a toujours beaucoup ri Sheilita et moi, elle était toujours prête à tout pourvu que l'on rigole.


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Sheila et Jean-Marie
(c) Jean-Marie Périer/Photo12

 



3) Des anecdotes vous devez en avoir connu beaucoup, quelle serait la plus drôle à nous raconter ?


Elle était tellement contrôlée par l'organisation de Carrère que même ses vacances elle les passaient dans une maison qu'il louait au bord de la mer. Un jour, on était parti faire un tour en mer avec des amis.

Et comme elle savait qu'il la surveillait de la maison à la jumelle, lorsqu'on a croisé un bateau de touristes, elle a soulevé son maillot pour leur montrer ses seins en hurlant : « Regardez Messieurs-Dames, voilà les seins de Sheila ! » (La vérité c'est que je ne sais plus si je l'ai vu ou si on me l'a raconté. Mais là je retrouve tellement son humour…)



4)
Vous avez vécu dix vies en une, quand on voit tout ce que vous avez connu, cela donne le vertige, en avez-vous conscience ?

Oui car ma chance c'est d'avoir su à l'époque que ce que je vivais avec tous ces jeunes artistes était exceptionnel. Donc je ne peux pas me dire « Ah si j'avais su ! ». Autrement dit je n'ai pas de regrets, en revanche je suis nostalgique de cette période de ma vie. Je m'amusais beaucoup plus à 25 ans qu'à 74.



Mes années 60 par Jean-Marie Périer - Editions Filipacchi
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Mes années 60 Volume 1

10 photos pleine page de Sheila
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5 photos pleine page de Sheila
Mes années 60 Intégrale





5) Pour en revenir à notre idole, vous avez travaillé plusieurs fois avec Sheila ces dernières années, lors des séances photos pour la couverture de son livre ''Ne vous fiez pas aux apparences'', on vous sent toujours très protecteur et complice, comment se passe le shooting lorsqu'on connaît déjà la vedette ?

Comme tous les autres, j'ai connu Sheilita quand elle a démarré et attendu que j'ai eu beaucoup d'estime, tant pour son parcours qu'à sa franche personnalité, à chaque fois qu'on se retrouve c'est comme si on s'était quitté la veille.



Couverture du livre de Sheila " Ne vous fiez pas aux apparences "
Sheila photographiée par Jean-Marie Périer.



6) Lors d'une rencontre avec Sheila, Sylvie et Françoise, nos 3 Yéyé girls ont été réunies pour le compte du magazine ''L'express'', quel effet cela fait-il de se retrouver à mettre en scène 3 icônes de la chanson française dans un lit ?


Le journal nous avait réservé une suite dans un grand hôtel des Champs Elysées. Sylvie m'appelle la veille et me dit: « Quelle drôle d'idée. Tu veux nous mettre au plumard ? ». Trouvant l'idée bonne je propose ça à Sheila le lendemain et comme d'habitude elle est évidemment d'accord, toujours prête à rire.

Avec elle et Sylvie on attendait la réaction de Françoise lorsque je lui proposerai l'idée. Comme souvent elle m'a pris pour un dingue en trouvant ça de très mauvais goût. C'est normal, Françoise m'a laissé faire toutes sortes de photos d'elle alors qu'au fond ce genre d'occupation ne l'intéresse pas vraiment. Finalement elle a accepté et elles ont bien ri toutes les trois.

En bas de page le lien vers l'interview croisée de Sheila, Sylvie et Françoise donnée au Magazine l'Express



7) Pourriez-vous nous expliquer comment vous procédiez lors de vos séances photos, et d'où vous venait les idées, nous nous souvenons d'un cliché où Sheila et Sylvie étaient déguisées en "Bécassine" dans une cour de ferme ?

Ces photos étaient destinées à être accrochées sur les murs des chambres des adolescents. Donc c'était du spectacle destiné à les aider à rêver à tous ces jeunes qui les représentaient. Donc c'est simple, je faisais tout ce qui me passait par la tête et ma chance c'est qu'ils acceptaient toujours tous.



8) Nous avons récemment lu et découvert votre livre ''Casse-Toi'' qui est bouleversant, les témoignages sont à fleur de peau, comment Jean-Marie Perier le photographe renommé s'engage dans cette démarche ?

D'abord je trouve que quand on a le culot de mettre un gosse au monde, la moindre des choses c'est de l'aider à vivre la vie qu'il veut. Comment des parents peuvent-ils virer leur môme parce qu'il est différent d'eux ? En plus, souvent c'est parce qu'il aime quelqu'un, ils devraient plutôt se réjouir.

Ces jeunes homos sont comme les jeunes des années 60, ce qu'ils veulent c'est vivre comme ils l'ont choisi. Ce que j'ai toujours dit aux parents: « Etre homo c'est comme avoir les yeux bleus. Vous n'allez quand même pas virer votre gosse parce qu'il a les yeux bleus ? »



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9) Etait-ce un chemin tout tracé cette vocation de photographe, ou cela s'est il fait '' Juste Comme Ca '' ?

Non c'est par hasard, tout comme la mise en scène de cinéma ou publier des livres. Au départ j'étais musicien. Lorsqu'à 16 ans j'ai appris l'existence de mon « géniteur » (quel horrible mot) lequel l'était aussi, j'ai décidé de ressembler à mon père François Périer.

Bien sûr je ne le lui ai jamais dit. J'ai donc fermé mon piano pour toujours. Mon père m'a adopté quand je suis né, donc je l'ai adopté à mon tour à mon adolescence. Alors vous savez, la photo ou autre chose…



10) Vos photos de ces 4 disques EP : Petite fille de francais moyen, Love Maestro Please, La Famille, Le Kilt, quels souvenirs cela vous évoque cette période avec Sheila ?




A l'époque je n'étais pas intéressé par la chanson française donc je n'étais pas fou de ses disques, comme pour Cloclo et quelques autres. J'étais plus Rolling Stones.

Mais j'ai toujours su m'attacher à la personnalité de ceux que je photographiais quand ils en valaient la peine. Sheilita en était parce qu'elle ne trichait pas. Elle était partie de rien et elle faisait les choses à fond. C'était « une vraie ».

En bas de page le lien vers la discographie EP de Sheila de 1962 à 1969



11) Que pouvons-nous vous souhaiter pour cette année 2014, et quels sont vos futurs projets ?

Je sors un livre de souvenirs en fin d'année et un roman l'année prochaine. Il me reste 15 printemps à vivre (pas de salades, après 90 ans, on rame), ça me fait bien encore 4 ou 5 livres à sortir. A part ça j'espère bien ne jamais oublier que tout ça n'est pas vraiment sérieux.

Et surtout à la fin, si je deviens un légume, s'il vous plait, qu'on me débranche.

Amitiés. Jean-Marie Périer


Nous tenons à remercier Monsieur Jean-Marie Périer pour sa gentillesse et disponibilité, un grand merci à Aline et Claudine. (Découvrez les galeries de photos de divers artistes et photographes sur
Photo12 ici).
Eric et Fred






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L'interview croisée de Sheila - Sylvie et Françoise Notre discographie EP Sheila 1962 à 1969
   

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